De l'aventurier au Prince

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Jordan Girardin SCIENCES PO LYON Institut d’études politiques de Lyon Mémoire de recherche de Quatrième Année

De l’aventurier au Prince Le retour de Napoléon de l’île d’Elbe : le vol de l’Aigle de Grenoble à Lyon 7 – 13 mars 1815

Sous la direction de

Bruno Benoit Professeur des Universités en histoire contemporaine à l’Institut d’études politiques de Lyon Jury également composé de

Gilles Vergnon Maître de Conférences en histoire contemporaine à l’Institut d’études politiques de Lyon

Juin 2012

Sommaire Remerciements

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Note sur les abréviations et sur l’orthographe ancienne

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Introduction

6 Partie I : Défaire le Pouvoir

Chapitre 1 : Perceptions parisiennes d’une reconquête provinciale

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Chapitre 2 : De Grenoble à Lyon, une semaine pour défaire le Pouvoir

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Partie II : Regagner le Soutien de la France Chapitre 3 : Deux villes, deux ovations

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Chapitre 4 : L’indispensable appui de l’Armée

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Partie III : Napoléon repolitisé, Bonaparte réimpérialisé Chapitre 5 : Attitudes politiques d’un Empereur en (re)devenir

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Chapitre 6 : Atouts et faiblesses de Napoléon au 13 mars 1815

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Conclusion

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Annexes

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Bibliographie

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Sources

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Remerciements De nombreuses personnes ont contribué personnellement et avec qualité à la réalisation de ce mémoire. Parmi elles, je pense tout d’abord à Monsieur Bruno Benoit, Professeur des Universités en Histoire contemporaine à Sciences Po Lyon, qui depuis ma première année dans l’Institut a toujours su me transmettre cette passion pour une période de plus en plus lointaine et étrangère, et qui cette année m’a brillamment guidé à travers mes recherches et la rédaction de ce travail. Mes remerciements vont ensuite à Monsieur Gilles Vergnon, Maître de Conférences en Histoire contemporaine à Sciences Po Lyon, membre du jury, qui a été d’une précieuse aide à chaque fois que j’en avais besoin, et qui a témoigné un intérêt tout particulier à mon sujet lors des séances de séminaire. Je ne peux que remercier vivement les personnels du Centre d’Accueil et de Recherche des Archives Nationales à Paris, des Archives départementales du Rhône et de l’Isère, des Archives municipales de Lyon, de Grenoble et de Bourgoin-Jallieu, de la Bibliothèque nationale de France et des Bibliothèques municipales de Lyon et Grenoble, qui ont tous grandement facilité mes recherches en me guidant directement vers les sources nécessaires grâce à leur connaissance parfaite des fonds de leurs institutions. Au-delà de ces centres publics de documentation et de recherche, c’est à la Fondation Napoléon et à sa bibliothécaire, Madame Chantal Prévot, que j’adresse mes vifs remerciements. Je reste à ce jour impressionné par la richesse de la collection dont dispose la Fondation dans ses locaux du Boulevard Haussmann ; je tiens à leur témoigner mon plus sincère soutien et mon souhait de collaborer à l’enrichissement futur de leurs fonds. Ensuite, je pense chaleureusement à Monsieur Paul-Napoléon Calland, ami doctorant qui comme moi voue une grande passion à l’histoire de la dynastie Bonaparte ; m’ayant dirigé vers certains travaux au début de mes recherches, il m’a témoigné un sincère soutien tout au long de l’écriture de ce mémoire et je l’en remercie. Mes remerciements tout particuliers vont à un professeur de lettres et de langues anciennes habitant en région lyonnaise, qui par un heureux hasard m’a très aimablement offert sa collection d’ouvrages traitant de l’Empire, et bien d’autres œuvres d’histoire religieuse et de littérature gaullienne. Enfin, c’est à mes amis et à ma famille que se destinent mes ultimes remerciements, en particulier à celles et ceux qui ont manifesté à tous les instants un intérêt et un soutien sans failles à ce mémoire, fruit d’une longue passion et déclencheur d’une ambition académique qui me mènera à d’autres projets. J.G.

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Liste des abréviations utilisées dans ce mémoire Arch. Nat.

Archives Nationales Il s’agit de documents consultés sur le site de Paris dans le Quartier du Marais, au premier semestre 2012. Ces fonds sont susceptibles d’être déplacés lors de l’ouverture future du nouveau site de Pierrefitte-surSeine en Seine-Saint-Denis.

Arch. dép.

Archives départementales Le département concerné sera écrit en toutes lettres. (par exemple : Arch. dép. Rhône)

Arch. mun.

Archives municipales La commune concernée sera écrite en toutes lettres. (par exemple : Arch. mun. Lyon)

Note sur l’ancienne orthographe française Les textes cités de manière explicite (soit par des guillemets, soit dans un paragraphe entier tiré d’une source, d’un article ou d’un ouvrage) seront retranscrits dans leur orthographe d’origine : plusieurs règles qui s’appliquaient en 1815 mais plus aujourd’hui seront donc conservées. Il sera ainsi attendu de lire par exemple « habitans » et non « habitants », « étoient » et non « étaient », et cetera.

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Scène de la Rencontre de Laffrey (7 mars 1815) Charles de Steuben (1788 – 1856), Retour de Napoléon d’Isle d’Elbe.

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Introduction

« Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. » Charles Baudelaire « L’Albatros »1

E

n avril 1814, c’est un Prince déchu et humilié qui se dirige vers la Méditerranée. En effet, l’Empereur Napoléon Ier a vu à Fontainebleau, à quelques foulées des Tuileries et de la Capitale, son Empire choir devant lui : ce territoire comme jamais

la France n’en avait possédé est récupéré par un Bourbon, ambassadeur d’un Ancien Régime obsolète, frère d’un souverain dont le peuple osa trancher la tête. Napoléon n’est plus, Bonaparte disparait, ne laissant que Buonaparte, petit capitaine corse désavoué vingt ans auparavant par Paoli et les siens. Ce n’est pas sur son île que les alliés envoient l’ancien empereur. C’est un territoire bien plus petit, aux conditions climatiques clémentes mais à la taille humiliante, que le Traité de Fontainebleau lui accorde : l’île d’Elbe. Napoléon en devient toutefois l’Empereur souverain, comme une ultime moquerie que l’Europe des Monarchies adresse à son bourreau. Quand il traverse Lyon, il est encore acclamé par la foule ; mais une fois engouffré dans la Vallée du Rhône profondément convaincue par les Bourbons, c’est le spectacle horrifiant des foules enragées scandant « Vive le Roi ! » que Bonaparte doit se résigner à regarder 2. Descendant d’une Révolution qu’il voulut conclure en fondant un Empire républicain, c’est sur l’île d’Elbe qu’il continue ses réformes, tentant de moderniser Isola d’Elba en construisant routes, systèmes d’irrigation et en optimisant la culture méditerranéenne qui habite l’île3.

1. Ce poème publié dans le recueil Les Fleurs du Mal (1859) désigne par sa métaphore filée de l’albatros les poètes, mais a été volontairement choisi ici car jugé judicieusement applicable à la période qui sera étudiée et à la situation de Napoléon Bonaparte avant le retour de l’île d’Elbe. 2. Dominique de Villepin, Les Cent-Jours ou l’esprit de sacrifice, Paris, Perrin, 2001, p. 25. 3. André Castelot, Napoléon, Paris, Perrin, 1968, p. 666.

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Mais naturellement, Napoléon s’ennuie : en contemplant son nouveau Royaume, il s’exclame : « Ah ! Que mon île est petite ! » 1 . Il tient à être informé en permanence des actualités du Continent, et au début 1815 lui parviennent les mécontentements d’une France qui subit la Restauration et qui n’a toujours pas fait le deuil de l’Empire. Cette France connait la montée du chômage avec la fin du blocus continental et la compétitivité accrue des produits britanniques2. Le Congrès de Vienne, qui se charge alors en un texte de redécouper des années de conquêtes napoléoniennes, veut définitivement exclure Napoléon de l’équilibre européen des pouvoirs qu’il avait jusque-là bouleversé3 ; des rumeurs d’une déportation plus lointaine – probablement l’île de Sainte-Lucie dans les Caraïbes – lui parviennent 4 . C’est dans cet amoncellement de circonstances douteuses qu’il décide de s’envoler de ce nid auquel on l’avait assigné : il embarque alors à bord de L’Inconstant le 26 février, accompagné d’un millier de soldats, dans une entreprise paraissant encore aujourd’hui vaine et suicidaire5. Il sera impératif que Paris et Vienne s’en rendent compte le plus tard possible : gardant en mémoire le souvenir des foules provençales abandonnées à la cause monarchiste, Napoléon sait qu’il faudra éviter la Vallée du Rhône qui l’aurait pourtant mené rapidement jusqu’à Lyon. C’est à Golfe-Juan, sur le littoral cannois, qu’il pose de nouveau le pied sur le continent et qu’il dit avec espoir à ses fidèles troupes : « l'Aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame »6. Aventurier loin d’être assuré d’un retour aux affaires, Napoléon se faufile dans les Alpes en ce début de mars 1815. C’est dans le département des Basses-Alpes7 qu’il rencontre les premières foules enthousiastes 8 . Mais rien ne peut alors l’assurer que ces sentiments 1. André Castelot, op. cit., p. 679. 2. Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, Fayard, 1977, p. 427. 3. Edward Vose Gulick, « Congress of Vienna: The Coalition Begins the Settlement » (Traduction par mes soins : « Congrès de Vienne : la Coalition esquisse le nouveau système ») in Europe’s Classical Balance of Power, New York, Norton, 1955, pp. 184 – 218. 4. Jean Tulard, op. cit., p. 427. 5. Dominique de Villepin, op. cit., p.113. 6. Déclaration de Napoléon Bonaparte à ses soldats à Golfe-Juan, 1er mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1825. 7. Le département des Basses-Alpes correspond à l’actuel département des Alpes-de-Haute-Provence (04). 8. Dominique de Villepin, op. cit., pp. 128 – 129.

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chaleureux le mèneront jusqu’à Paris. Seule une semaine au cours de ce voyage aura une telle portée symbolique : l’entrée en Isère de l’aventurier Buonaparte marque le commencement d’une période-clé, certes minuscule dans sa temporalité mais essentielle dans le retour au pouvoir de l’Empereur. Jusqu’au 13 mars – et le départ de Lyon de Napoléon et de ses hommes – une succession d’évènements et de situations favorables à l’Empire alimentent un processus de « relégitimation » de Bonaparte en tant qu’Empereur et le replace dans une situation qui pourrait le mener jusqu’à Paris. Le 7 mars dans l’après-midi, c’est sur la plaine de Laffrey en Isère que les premières troupes royalistes jettent les armes et reconnaissent leur Empereur. Le soir-même, la population grenobloise l’accueille triomphalement dans la Capitale du Dauphiné. De Grenoble, il publie de premiers décrets visant à préparer déjà son arrivée à Paris. Il quitte la ville le 9 mars, salué encore dans les villages dauphinois qu’il traverse ; il reste la journée du 10 à Bourgoin d’où il entend préparer son arrivée à Lyon qui s’annonce délicate. En effet, depuis le 8 mars le Comte d’Artois a réuni à Lyon de nombreux bataillons et compte à la fois sur son Armée et sur la population lyonnaise pour ne pas accorder à Bonaparte la légitimité qu’il cherche à retrouver. La défense de la ville s’organise autour du blocage impératif du Pont de la Guillotière, seul moyen de franchir le Rhône et d’arriver dans la Capitale des Gaules. C’est pourtant ce même pont que Napoléon parvient à franchir le soir du 10 mars, encore une fois acclamé par la foule qui a contraint les personnes encore loyales à Louis XVIII à fuir. En quittant Lyon trois jours plus tard, de nombreux indices laissent espérer qu’une ovation attendra Napoléon à Paris, ce qu’il n’aurait jamais pu concevoir une semaine auparavant1. Ce rôle singulier conféré au passage en Isère et dans le Rhône n’est pas nouveau dans les pensées historiennes : dans sa préface accordée en 1965 à l’œuvre de Sophie et Anthelme Troussier, le Prince Napoléon, héritier de la Maison Bonaparte, écrivait déjà : « C’est à Grenoble que ce retour, qui restera fameux dans l’histoire, a trouvé son moment décisif avant l’embellie des Cent-Jours »2 . Les faits, eux aussi, sont connus et ont été contés dans des formats historiques ou plus romancés : des histoires des Cent-Jours ont déjà été formulées par des centaines d’historiens ou d’érudits, et le passage de Napoléon dans le Sud-Est a également 1. Une chronologie récapitulative des évènements du 7 au 13 mars se situe en annexe 1 afin d’assurer à tous une connaissance temporelle des faits qui dans ce mémoire seront analysés de manière non-chronologique. 2. Sophie et Anthelme Troussier de l’Académie delphinale, Napoléon, la Chevauchée Héroïque du retour de l'île d'Elbe, Grenoble, Allier, 1965.

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suscité l’intérêt d’historiens locaux – dans le cas présent, dans les départements de l’Isère et du Rhône. Mais un chaînon manque encore : celui de tisser une causalité entre des faits locaux vraisemblablement passionnants et une trame générale acceptée par tous qui correspond au retour au pouvoir de Napoléon : telle sera l’ambition de ce mémoire. Ce travail aura ainsi pour objectif de questionner les mécanismes en eux-mêmes de cette semaine d’évènements : comment construisent-ils une légitimité retrouvée à Napoléon ? Quelles conditions conjoncturelles favorisent le retour de Bonaparte ? Quel rôle le pouvoir restauré a-t-il dans sa propre déchéance ? La démarche proposée est celle d’une analyse locale, attentive à des flux et à des dynamiques aux échelles spatio-temporelles limitées, menant à une compréhension globale du retour de Napoléon de l’île d’Elbe à Paris. En effet, l’insoupçonnable importance d’une période si temporellement et géographiquement courte, placée dans une dynamique bien plus large, sera à la base de notre diagnostic. Le terme bien connu des « Cent-Jours » aurait pu apparaître dès les premières lignes de ce travail. Il semble pourtant trompeur de l’utiliser à outrance : Michel Mourre identifie les Cent-Jours comme la période officielle du second règne de Napoléon, du 20 mars au 28 juin 18151. D’autres écrits internationaux en font de même2. Si cette période est en effet longue d’une centaine de jours, celle qui sépare Golfe-Juan de Waterloo l’est également. Il conviendra naturellement d’utiliser ce terme au long de notre travail, mais nous pourrons être amenés à lui préférer « Vol de l’Aigle », expression plus imagée à l’intonation subjective, mais couramment utilisée dans des écrits académiques pour désigner le retour à Paris de Bonaparte3. Ce travail de recherche n’aurait pu s’ancrer dans une progression chronologique : en effet, la temporalité des évènements est bien trop courte, et bien que ce « Vol de l’Aigle » puisse aux yeux de certains constituer un monolithe historique, son découpage est délicat. Ses composantes sont presque atomiques : ce mémoire tentera alors de les regrouper et de leur 1. Michel Mourre, Le Petit Mourre, Dictionnaire de l’Histoire, Paris, Bordas, 1991, p. 134. 2. C’est le cas de Norman Rich, Great Power Diplomacy, 1814 – 1815, Boston, McGraw-Hill, 1992, p. 23, dans lequel il écrit : « On March 20 he arrived in Paris (…) and took over the leadership of the French government. Thus began the famous Hundred Days ». (Traduction par mes soins : « Le 20 mars, il arrive à Paris (…) et reprend le pouvoir. Ici commencent les fameux Cent-Jours. ») 3. André Castelot dans son colossal Napoléon sépare en deux chapitres distincts le « Vol de l’Aigle » et les « Cent-Jours ».

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donner du sens. Il ne proposera pas un récit progressif des évènements qui se déroulent du 7 au 13 mars entre Grenoble et Lyon, mais les exposera à une analyse d’histoire politique basée autour de plusieurs grands axes jugés essentiels. L’idée adjacente à ce choix est que plusieurs enchaînements et dynamiques – aux progressions parallèles, sans ordre chronologique – ont dû être nécessairement assemblés pour délivrer le résultat que nous connaissons. Ainsi, dans une première partie, nous mettrons en lumière le rapport que ces évènements ont avec le pouvoir en place : comment celui-ci réagit-il face à l’arrivée de Buonaparte1 sur le continent, comment l’Empire réussit-il à défaire à distance la Restauration Bourbon confortablement réinstallée à Paris. Ensuite, nous nous efforcerons de mettre en exergue le rôle des soutiens dans le succès que rencontre Napoléon sur le chemin qui le mène à Paris. En premier lieu, il s’agit du soutien du peuple ; ce thème est essentiel car cher à Bonaparte : les diagnostics de la plupart des évènements dans la vie publique de Napoléon peuvent trouver l’explication de leur réussite dans l’approbation du peuple, et réciproquement dans l’intérêt porté par l’Empereur envers ses concitoyens. Cette vision récurrente d’un bonapartisme populaire – voire populiste – ne doit cependant pas tomber dans la caricature : le lien le plus essentiel au système napoléonien n’est pas nécessairement celui des liesses populaires et de l’appui des masses, mais notamment celui entretenu avec les notables de France qui constituent un fort atout économique, social et administratif dans l’Empire 2 . Ce mémoire en prendra naturellement compte en restant attentif à la volonté que Bonaparte a de renouer ce lien avec les bourgeoisies locales. Dans un second temps, l’appui de l’Armée sera dévoilé comme essentiel : non seulement comme un atout militaire, logistique et technique qui paraît évident, mais également comme l’avantage d’obtenir d’un groupe bien particulier un soutien utile et indispensable pour assurer la progression de Bonaparte à travers les territoires. Enfin, nous nous attarderons sur le retour de l’exercice du pouvoir napoléonien. Encore une fois, celui-ci est propre à l’Empereur, et la période que nous étudierons voit une 1. Comme nous le verrons, la version italienne du nom de Bonaparte est utilisée par le pouvoir afin de le désigner comme étranger, voire de le réduire à son identité de naissance lorsqu’il n’était encore rien aux yeux de la France. Ce mémoire utilisera le terme Buonaparte dans des situations similaires, quand nous voudrons le présenter de cette même manière. 2. Jean Tulard consacre un chapitre entier de son ouvrage Napoléon ou le Mythe du Sauveur à mettre en lumière « Le règne des notables » dans l’Empire (pp. 241 – 260).

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évolution naturelle dans son attitude politique et politicienne. Nous garderons en tête tout au long de ce travail les mots que Bonaparte écrira plus tard depuis Sainte-Hélène, « Avant Grenoble j’étais aventurier. À Grenoble j’étais Prince », qui illustre l’idée selon laquelle Napoléon débarque dans le Sud-Est incertain de son avenir et du pouvoir qu’il pourrait peutêtre ne plus jamais exercer, et en ressort particulièrement fort et déterminé à parvenir à ses fins. Nous introduirons des nouveaux termes-clés tels que « repolitisation », « relégitimation » ou « réimpérialisation », destinés à mettre en exergue le retour de Napoléon dans la sphère du pouvoir légitime. Nonobstant le fait que cette analyse tentera d’expliquer les facteurs du retour victorieux de Napoléon, elle aura l’exigence de mettre de côté les exagérations et embellies qui entourent la légende des Cent-Jours, et de manière plus générale les récits autour du personnage de Bonaparte. En effet, ce retour au pouvoir de l’Aigle, célébré ou répugné par beaucoup, est le fruit de circonstances délicates, de risques plus ou moins calculés et d’évènements parfois imprévus. Et même dans des situations victorieuses, celles-ci sont à prendre avec minutie car le « Vol de l’Aigle » possède ses propres codes, bien particuliers, où le retour de l’Empire peut être accepté dans un village mais vivement repoussé à quelques kilomètres de là. La « température politique », comme l’écrit François Furet, est à l’époque essentielle et repose avant tout sur une tension croissante entre deux clans français, loin des utopies plébiscitaires que les légendes bonapartistes voudraient imposer dans les souvenirs collectifs1. Le défi de ce travail de recherche est donc d’accepter que malgré le fait qu’il s’agisse d’un épisode passionnant et surprenant de l’Histoire de France, celui-ci est le résultat, comme chaque fait historique, d’une configuration singulière, précise et délicate. Ainsi l’ambition de ce mémoire de recherche est grande : il est peu récurrent d’organiser d’une manière nouvelle des faits déjà connus, embellis ou entachés de passions politiques et littéraires. Stendhal écrivait déjà en son temps que « d’ici à cinquante ans, il faudra refaire l’histoire de Napoléon tous les ans, à mesure que paraîtront les mémoires de

1 . Dans son grand ouvrage La Révolution française (Paris, Gallimard, 2007 pour l’édition ici consultée), François Furet écrit : « Non que le retour de l’Empereur soit triomphal, comme l’a voulu la légende bonapartiste. Mais il est accepté. La vraie température politique de la France est un attentisme général, fait de lassitude des luttes civiles et de la guerre, et nuancé aux deux extrémités par les partisans de la légitimité retrouvée et les humiliés de la Restauration » (p. 512).

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Fouché, Lucien, Réal, Regnault, Caulaincourt, Sieyès, Le Brun, etc.»1. Aujourd’hui ce sont des nouvelles mécaniques, inspirées par une Histoire en constant renouvellement, qui viennent apporter un nouvel éclairage à des problématiques que l’on croyait arrêtées. En 1965, la Faculté des lettres de Grenoble interrogeait les Cent-Jours dans des perspectives encore jamais expérimentées, mais toujours soucieuses de l’exactitude historique et du refus des anachronismes idéologiques 2 . Cette année 2012 a vu une effervescence de nouveaux questionnements autour de la Campagne de Russie à l’occasion de son bicentenaire. Les moyens de ce mémoire sont ceux d’une formation universitaire en histoire, mais ils cherchent déjà à dresser un état des lieux politique qui permettra de comprendre au mieux, à l’approche de leur deux-centième anniversaire, comment les Cent-Jours se sont forgé et ont constitué un épisode inédit dans l’exercice du pouvoir napoléonien.

1. Stendhal, Vie de Napoléon, texte établi par Henri Martineau, Le livre du Divan, 1930, p. 2. 2. Faculté des lettres de Grenoble, 150e anniversaire du Retour de l’île d’Elbe, Colloque, 3 – 4 avril 1965. Ce programme est disponible en annexe 6.

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Partie I

Défaire le pouvoir

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Le « Vol de l’Aigle » est, comme beaucoup aiment à le rappeler, l’Histoire d’un Homme provocant son propre nouveau rendez-vous avec la France. Chacun en connait l’issue – momentanément – victorieuse. Or, il serait faux de considérer cette épopée comme un enchaînement d’accueils triomphaux à travers villes et villages, qui seuls permettent à Buonaparte de redevenir Napoléon. Le pouvoir monarchique des Bourbons, restauré depuis les évènements de Fontainebleau en 1814, joue un rôle unique dans sa propre défaite. Son assurance, sa confiance en la population française qui avait accueilli positivement la Restauration un an auparavant, sa volonté de minimiser le débarquement de l’ « usurpateur corse » auprès des populations parisiennes, le soutien dont il dispose à Vienne auprès des Monarchies d’Europe et en lequel il a une forte confiance, sont autant de facteurs qui contribuent en quelques jours à l’effondrement du Château sur ses propres fondations. Cette partie s’attardera ainsi sur la réaction du pouvoir parisien face au débarquement de Golfe-Juan, dans un premier temps, avant d’analyser les étapes progressives qui mènent à la défaite annoncée de la Monarchie restaurée.

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Chapitre 1

Perceptions parisiennes d’une reconquête provinciale « Il s’expose à mourir de la mort des héros : Dieu permettra qu’il meure de la mort des traîtres. » Le Journal des Débats Édition du 8 mars 1815 à propos du débarquement de Bonaparte

Mentionner des « perceptions parisiennes » renvoie principalement à deux éléments. Le premier tend tout naturellement vers une réaction du pouvoir en lui-même, qui depuis les Tuileries ne peut qu’attendre des nouvelles de la progression de Bonaparte et espérer que celui-ci avance difficilement à travers les territoires du Sud-Est. Ces actions et réactions du pouvoir parisien peuvent également être divisées entre l’attitude dans la capitale et celle dans les territoires à travers les préfets et autres représentants de la Monarchie. La seconde perception est bien plus délicate : elle désigne la retranscription dans la presse – parisienne essentiellement – du voyage de Napoléon en direction de Paris. En quoi est-elle délicate ? La liberté de la presse n’étant encore qu’à ses prémices, celle-ci fait l’objet d’un lien singulier avec le pouvoir. Ainsi analyserons-nous de deux manières distinctes ces deux perceptions, tout en gardant en considération que la première se traduit publiquement au moyen de la seconde.  Réactions du pouvoir monarchique face au retour de Bonaparte Ce n’est que le 5 mars 1815 que la Cour reçoit la dépêche envoyée de Lyon annonçant le débarquement de Bonaparte sur le sol français1. André Castelot décrit une réaction étrange et singulière, à mi-chemin entre la sérénité ultime et l’état d’urgence : Louis XVIII ne prévient pas immédiatement son frère le Comte d’Artois, et la nouvelle du retour de Napoléon parcourt les ministères sans qu’aucune décision ferme ne soit prise. Cette journée du 5 mars, par son indécision et son manque de cohérence, marque une première faiblesse du pouvoir qui n’a su anticiper un tel évènement tout en feignant de conserver un calme institutionnel, alors

1. André Castelot, op. cit., p. 728.

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que Napoléon et ses troupes ont déjà commencé leur remontée sur la route de Grenoble à travers les Basses et Hautes Alpes. La fin de journée amorce ce qui s’apparente à la reconnaissance d’une situation de crise. Le Conseil des Ministres est convoqué1, et le soir-même le Comte d’Artois est envoyé à Lyon, suivi quelques heures plus tard par le duc d’Orléans2. La publicisation de cette réaction dans les décisions de la Cour, quant à elle, s’organise en plusieurs étapes. La première réaction est de condamner le retour de Napoléon via une ordonnance royale en date du 7 mars, en rendant l’ancien Empereur et ses compagnons hors-la-loi : Article 1er. Napoléon Bonaparte est déclaré traître et rebelle pour s'être introduit à main armée dans le département du Var. Il est enjoint à tous les gouverneurs, commandants de la force armée, gardes nationales, autorités civiles et mêmes aux simples citoyens, de lui courir sus, de l'arrêter et de le traduire incontinent devant un conseil de guerre qui, après avoir reconnu l'identité, provoquera contre lui l'application des peines prononcées par la loi.3

Cette décision de condamner un tel évènement est certes nécessaire pour un pouvoir en place mais ne constitue pas une réelle décision en elle-même, sinon celle d’exprimer le refus d’un tel évènement. Il faut attendre le 9 mars – alors que Napoléon est déjà sur le point de quitter Grenoble – pour retrouver dans les ordonnances du Roi une concrète réaction : Louis XVIII introduit son texte en écrivant « l’Ennemi a pénétré dans l’intérieur » avant de développer sur plus de quatre pages le plan de redéploiement de la Garde nationale4. Comment peut-on expliquer une activité si peu ambitieuse ? Bien évidemment, il est impensable de concevoir une quelconque négligence de la part de la Cour. De nombreux facteurs – ceux qui aujourd’hui composent ce travail de recherche – pouvaient déjà au moment des nouvelles du débarquement être pris en compte. L’envoi du Comte d’Artois à Lyon est un élément essentiel qui est à considérer ; cet évènement semble néanmoins devoir être compris comme le seul moyen d’action possible imaginé par les Bourbons. Ainsi, malgré

1. Thierry Lentz, Nouvelle Histoire du Premier Empire ; Tome 4, Les Cent-Jours, Paris, Fayard, 2010, p. 296. 2. On peut remarquer – certes de manière anachronique – que les trois actuels et futurs protagonistes principaux de la Restauration (Louis XVIII ainsi que les futurs Charles X et Louis-Philippe Ier) sont directement réactifs et concernés par l’arrivée de Bonaparte et jouent ainsi un rôle-clé dans cet épisode. 3. Ordonnance royale du 7 mars 1815, consultée en ligne le 21 mai 2012 < http://theses.univ-lyon3.fr/documents/getpart.php?id=lyon3.2009.arbey_p&part=268430 > 4. Ordonnance du Roi, 9 mars 1815, Arch. Nat., cote F1a 95 2.

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la tension régnant à Paris, c’est vers la Province que la suite des incertitudes et des décisions semblent se déplacer : Lyon devient le rempart de Paris. C’est précisément dans le Sud-Est de la France que la plus grande interaction entre le pouvoir Bourbon et, non pas Bonaparte, mais le spectre de sa probable progression vers Paris, se met en place, du fait de la forte proximité géographique qui anime les évènements. Depuis le 2 mars, le Préfet du Var avait informé le Préfet du Rhône de la remontée de Napoléon qui, selon les informations données par quelques soldats, cherchait à rejoindre Lyon 1. Au-delà de remaniements militaires visant à ralentir la progression de l’Armée reconstituée par Napoléon, c’est une intrigante toile de déclarations, bien plus denses et bien plus explicites que les hésitations provenant des Tuileries, qui se met en place afin d’assurer la loyauté du pouvoir déconcentré envers son autorité souveraine à Paris. En Isère, le Préfet Joseph Fourier publie dès le 5 mars son avertissement à la population : Nous invitons tous les Citoyens, au nom du gouvernement du ROI, et pour l’intérêt évident de notre Patrie, à donner aujourd’hui de nouveaux témoignage des sentimens qu’ils ont fait éclater dans des circonstances beaucoup plus difficiles : si quelqu’un pouvait oublier que son premier devoir est d’obéir aux Autorités, comme le nôtre est de maintenir le respect dû au gouvernement de Sa Majesté, et de veiller à la sûreté des propriétés, il sera arrêté sur-le-champ et puni sévèrement, conformément aux lois constitutionnelles. Tout ce qui pourrait tendre à fomenter la guerre civile et à violer la Charte constitutionnelle de l’État, doit exciter une indignation générale.2

Deux jours plus tard, le 7 mars, alors que Napoléon s’apprête à entrer dans Grenoble, c’est le Préfet du Rhône qui publie son propre message aux Rhodaniens : Une résolution aussi téméraire qu’insensée vient de jeter sur nos côtes un homme qui, au sein des calamités qu’il avait fait peser sur la France, avait solennellement brisé tous les liens qui l’attachaient à elle. Une poignée d’hommes l’accompagne, et cette troupe sans armes, sans vivres, sans munitions, se trouve poursuivie dans toutes les directions par des soldats fidèles à leurs sermens et à l’honneur. La Providence, qui semble l’avoir frappé d’aveuglement, paraît prête à consommer son ouvrage, et à donner encore au Monde une grande et terrible leçon.3

Dans cette déclaration, le Préfet du Rhône annonce également aux Lyonnais le rassemblement de troupes « sous [leurs] murs » dans les jours qui viennent, en référence à 1. Lettre du Préfet du Var au Préfet du Rhône (copie envoyée au Maire de Lyon), 2 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 1225 WP 017. 2. Proclamation du Préfet du Département de l’Isère, 5 mars 1815, source photocopiée et publiée dans Sophie et Anthelme Troussier, op. cit.. 3. Proclamation du Préfet du Département du Rhône, 7 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1821.

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l’arrivée du Comte d’Artois dans la Capitale des Gaules afin de préparer une contre-offensive contre Napoléon et son armée. Plusieurs éléments sont à retenir de ces déclarations émanant des représentants du pouvoir déconcentré. Le premier est la défense de la Monarchie à travers le respect de l’ordre, mais surtout l’attachement aux Lois constitutionnelles et à la Charte. En d’autres termes, il convient de souligner l’apaisement que les Français ont retrouvé avec Louis XVIII, apaisement menacé par le trouble-fête Buonaparte. C’est justement ce bilan d’instabilité internationale – puis nationale quand les Armées d’Europe sont prêtes à marcher sur Paris – pendant le règne de l’Empereur que les préfets tiennent à mettre en exergue. L’objectif est donc de refuser toute légitimité à Napoléon et de réaffirmer la confiance que le peuple doit continuer d’accorder au pouvoir des Bourbons. Le Congrès de Vienne lui aussi réagit à sa manière aux évènements. Quand bien même Napoléon résidait encore avec langueur sur l’île d’Elbe, la Gazette d’Augsbourg écrivait déjà qu’il fallait « éloigner le plus tôt possible un homme qui, sur le rocher de l’île d’Elbe, tenait entre ses mains les fils de ces trames ourdies par son or, et qui, aussi longtemps qu’il resterait à proximité des côtes d’Italie, ne laisserait pas les souverains de ces pays jouir tranquillement de leurs possessions » 1 . Il faut attendre le 13 mars

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pour qu’une déclaration soit

communément publiée par les Monarques réunis à Vienne : En rompant ainsi la convention qui l’avoit établi à l’île d’Elbe, Bonaparte détruit le seul titre légal auquel son existence se trouvoit attachée. En reparaissant en France avec des projets de trouble et de bouleversement, il s’est privé lui-même de la protection des lois, et a manifesté à la face de l’univers qu’il ne sauroit y avoir ni paix ni trêve avec lui. Les puissances déclarent en conséquence que Napoléon Bonaparte s’est placé hors des relations civiles et sociales, et que, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, il s’est livré à la vindicte publique.3

L’Europe est ainsi claire avec Bonaparte : bien plus précis que le Trône de France, le Congrès de Vienne ne tient pas à négocier avec Bonaparte, même si celui-ci parvenait à se

1. Traduit et cité dans Félix Fleury, L’Enjambée Impériale, Grenoble, 1868, p. 3. 2. Là encore, la vitesse de la remontée de Bonaparte échappe totalement au pouvoir : Napoléon repart déjà triomphant de Lyon quand cette déclaration est publiée. Cette publication tardive sera analysée en Chapitre 6. 3. Déclaration du Congrès de Vienne (copie conforme remise aux Préfets du Bas-Rhin et du Doubs), 13 mars 1815, Arch. dép. Isère, cote 52 M 6.

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hisser de nouveau au sommet du pouvoir français, ce qui, quand cette déclaration est publiée, n’est plus une stupide supposition.  Information et désinformation dans la Presse La réaction de la Presse au débarquement de Bonaparte est un phénomène particulier qu’il convient d’analyser et de comprendre. Comme nous l’avons présupposé, l’influence du pouvoir sur la diffusion de l’information est une hypothèse très probable, bien que l’évolution de l’attitude des journaux leur soit propre. Il est évident d’accepter l’idée selon laquelle plusieurs courants composent déjà en 1815 les médias écrits. Ceci étant, une trame commune aux médias favorables à la Monarchie – qui représentent une très forte majorité – peut être remarquée et découpée en trois étapes communicationnelles bien distinctes. Tout d’abord, l’annonce du débarquement de Bonaparte est relayée d’une manière très alarmiste, malgré une réactivité semblable à celle des Tuileries, dans un registre sensationnel ponctué d’un avertissement politique fort. En effet, le Journal des Débats écrit le 8 mars en tête de son article : « Buonaparte s’est évadé de l’île d’Elbe » tout en continuant quelques lignes plus tard : Cet homme, qui en abdiquant le pouvoir n’a jamais abdiqué son ambition et ses fureurs ; cet homme, tout couvert de sang des générations, vient, au bout d’un an écoulé en apparence dans l’apathie, essayer de disputer, au nom de l’usurpation et des massacres, la légitimité et douce autorité du Roi de France.1

C’est un article identique dans le ton aux diverses proclamations présentées précédemment qui continue sur une colonne et demie et qui dresse une analyse politique biaisée de la situation, dans laquelle Bonaparte ne peut compter sur personne, « sur cette même terre où il fut reçu, il y a quinze ans en libérateur par un peuple abusé, et détrompé depuis par douze ans de tyrannie ». Le même jour, La Quotidienne présente les évènements comme un acte vain duquel Napoléon ne peut rien espérer : On a les plus fortes raisons de croire que le débarquement de Buonaparte sur le territoire français n’est qu’un acte de désespoir. Il paraît certain que le Congrès avait la résolution de fixer une autre résidence à

1. Le Journal des Débats, 8 mars 1815, p. 1.

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Napoléon, dont, suivant toutes les apparences, les intrigues contribuaient à l’agitation de l’Italie 1. C’est pour prévenir les effets de cette détermination qu’il s’est décidé à faire une entreprise de flibustier contre quelques petites villes de la Provence, dépourvues de troupes et d’artillerie. 2

Ainsi, dans la presse parisienne, il n’y a à première vue rien à espérer ni à craindre de ce débarquement de quelques soldats et d’un homme aux ambitions illusoires. Or, rapidement s’installe un second climat dans la presse, le jour-même de la publication de l’ordonnance royale du 9 mars. Le monde parisien semble alors se plonger dans un jeu de fabulations et de désinformations qui perdure pendant la quasi-totalité de la semaine que nous étudions. Le 9, le Journal des Débats consacre deux des quatre pages de son édition à accumuler des faits, récits et analyses autour du retour de Bonaparte. Certaines proclamations de préfets ou de militaires sont rapportées. Le Journal se justifie alors de la lenteur de la diffusion de l’information de la manière suivante : Nous avons retardé jusqu’à ce jour à donner des nouvelles du débarquement de Bonaparte sur les côtes de la Provence, parce que les dépêches télégraphiques qui l’ont d’abord fait connoître, ne donnoient encore aucuns détails.3

Pourtant, dans ce flot apparent d’informations non-détaillées, c’est une stricte désinformation qui tend alors à s’institutionnaliser. Dans la fin de la même édition, il est indiqué : Les dernières nouvelles de Buonaparte sont d’hier 7 de Lyon. A cette date, Buonaparte étoit toujours aux environs de Digne, dont on lui avoit refusé les portes. Personne ne s’étoit réuni à lui.4

Le 7 mars, Bonaparte est en réalité déjà en Dauphiné : son arrivée remarquée dans la ville de Grenoble survient le soir-même. Quelques jours auparavant, il avait traversé Digne sans que personne ne lui ferme les portes de la ville5. De telles fabulations continuent pendant plusieurs jours. Le 10 mars, Le Journal Général publie dans ses colonnes : « Paris, 9 mars, 11 1. « L’agitation de l’Italie » mentionnée renvoie au lynchage du ministre des Finances Giuseppe Prina survenu le 20 avril 1814 à Milan, parallèlement à l’abdication de Bonaparte, que Le Journal d’Augsburg précédemment cité met également en exergue. 2. La Quotidienne, 8 mars 1815, p. 1. Article cité dans Jacques Berriat Saint-Prix, Napoléon Ier à Grenoble : Histoire du 7 mars 1815, Grenoble, Maisonville et Fils et Jourdan, 1861. 3. Le Journal des Débats, 9 mars 1815, p. 2. 4. Ibid., p. 4. 5. Dominique de Villepin, op. cit., p.125.

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heures du soir. Le bruit court que Buonaparte a été enveloppé et fait prisonnier. Puisse cette nouvelle se confirmer dès demain ! »1. Enfin, aux alentours du 12 et 13 mars, alors que Napoléon est installé victorieusement dans la ville de Lyon, les Journaux tendent à renouer avec de véritables informations quant à sa progression, tout en entourant ces données de nuances approximatives. Par exemple, La Quotidienne du 14 mars rend publique la dépêche suivante : Paris, 13 mars. Une personne très-digne de foi, partie de Lyon le 11 au soir, annonce que Buonaparte était encore ce jour-là dans cette ville ; que la population était consternée et que l’échappé de l’île d’Elbe n’avait qu’un nombre considérable de soldats harassés de fatigue. 2

Dans le même registre, Le Journal des Débats du 13 mars concède que les troupes du Général Macdonald ont dû quitter Lyon, mais que « [t]out fait espérer que la délivrance de Lyon n’est pas éloignée »3. En parallèle de ce traitement particulier et imprécis de l’information, les journaux se livrent à un matraquage intellectuel visant à conserver chez le lecteur une sympathie intacte pour le Monarque Bourbon. En effet, en prenant l’exemple du Journal des Débats, de nombreux récits quotidiens sont publiés afin d’attester du soutien constant de la France envers son Souverain. Le 7 mars, avant l’annonce du débarquement de Bonaparte – que ce journal rapporte le lendemain – une page est consacrée au récit du Siège de Saragosse de 1808 qui avait donné lieu à une victoire espagnole contre les troupes impériales. L’article explique la défaite de l’Empire français par la force et la volonté du peuple saragossien : Ce qui caractérise d’une manière bien singulière le siège de Saragosse, ce qui le distingue de tous les autres faits d’armes du même genre, c’est la part active qu’y prit le peuple. (…) [C]e fut le peuple de Saragosse qui fit tout, non pour le service militaire proprement dit, les bourgeois n’y étant employés qu’auxiliairement, mais pour la direction et l’opiniâtreté de la défense. C’est le peuple qui, au premier siège, alla enlever de force le général Palafox dans une maison de plaisance ; c’est lui qu’il nomma capitaine-général, et sans lui, se mit en état de défense ; c’est lui qui, à l’époque du second siège 4, le

1. Le Journal Général, 10 mars 1815, p. 2. 2. La Quotidienne, 14 mars 1815, p. 1. Cité dans J. Berriat Saint-Prix, op. cit. 3. Le Journal des Débats, 13 mars 1815, p. 1. 4. Le « second siège » dont il est question survient en 1809, un an après le premier. Les Français parviennent à prendre la ville dans un combat souvent considéré comme l’un des plus brutaux de l’Histoire napoléonienne.

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contraignit à s’enfermer dans la place avec son armée, au lieu de tenir la campagne. C’est Saragosse, enfin, qui défendit Saragosse.1

Cet extrait tient à souligner deux éléments : le premier est simplement une preuve des limites de l’invulnérabilité présumée de Napoléon durant son règne ; le second met en lumière la force du peuple, qui ne saurait être négligeable, face à une armée. On peut penser que le Journal, déjà averti de l’arrivée de Bonaparte, prépare l’opinion via ce récit avant de dévoiler les nouvelles de Golfe-Juan le lendemain. L’indignation, mais aussi le sentiment d’être plus fort que des troupes militaires, doivent emplir le peuple qui lit ces journaux. Le 11 mars, le récit de la visite du Duc d’Angoulême à Bordeaux devient un véritable conte épique dans une ville où « [l]es discours des magistrats, les acclamations des citoyens, portoient également cette empreinte de sincérité, que depuis si long-temps on ne retrouvoit plus en France »2. Le lendemain, le même journal revient avec surprise et de manière anachronique sur la progression de Bonaparte une semaine auparavant (le 5 mars). Des évènements sans grande exactitude ni utilité dans le traitement quotidien de l’information rapportent que « l’esprit des Marseillais est toujours le même pour les Bourbons : il est même meilleur que jamais »3. Le pluralisme des opinions au sein de la Presse étant officiellement légal, certains journaux s’adonnent à accorder un certain regard sérieux, sinon de la sympathie, envers l’éventualité du retour au pouvoir de Napoléon. C’est le cas du Censeur qui dans son édition du 5 mars, remet en question la légitimité de Louis XVIII via l’attitude de la Royauté envers le Royaume de Naples : On sait que notre Almanach Royal ne reconnoît point la légitimité du Roi actuel de Naples, et que pour désigner le chef légitime de cet état, il renvoie le lecteur au royaume des Deux-Siciles. Cette impertinence de notre Almanach Royal nous a attirés, dit-on, de la part de celui de Naples, la mortification la plus humiliante. On assure que ce dernier, usant de représailles, et ne comptant pour rien, comme le nôtre, les sentimens et le vœu des peuples, a refusé de reconnoître Louis XVIII pour notre légitime Roi ; et que, pour désigner notre chef véritable, il renvoie le lecteur à l’île d’Elbe. Il nous semble qu’aucun bon Français ne doit pardonner à notre Almanach Royal de nous avoir exposés à une pareille injure.4

1. Le Journal des Débats, 7 mars 1815, p. 3. 2. Le Journal des Débats, 11 mars 1815, p. 2. 3. Le Journal des Débats, 12 mars 1815, p. 2. 4. Le Censeur, 5 mars 1815.

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Cet extrait est repris dans le Journal des Débats du 10 mars qui condamne vivement les propos du Censeur. S’ensuit un long réquisitoire qui déplore les dérives de la liberté de la presse, qui est pourtant « une des lois fondamentales de l’État » : Jamais nous n’aurions pu croire que sous l’autorisation des lois on pût impunément manifester par écrit des opinions aussi scandaleuses, des provocations aussi criminelles contre l’autorité légitime, que celle qu’on lit depuis quelque temps dans le Censeur, et même dans le Nain Jaune1, quoique ce dernier Journal paroisse sous l’approbation spéciale de la censure. 2

Il peut être ainsi facilement remarqué qu’une pression est faite auprès de ceux qui tenteraient de discuter des effets positifs de l’éventuel retour au pouvoir de Napoléon. La presse parisienne est ainsi absolument aux côtés du pouvoir en place pour dénoncer et railler le débarquement de Bonaparte et de ses troupes. Enfin, Le Moniteur Universel3 joue un rôle décisif dans les relations entre presse et pouvoir. Organe de la Monarchie créé pendant le règne de Napoléon, celui-ci sert de référence aux autres journaux parisiens et est directement cité. C’est lui qui relaye les ordonnances royales qui dénoncent et mettent hors la loi le « bandit corse ». Pourtant, le Moniteur est aussi frappé par l’approximation et la désinformation. Il indique par exemple le 11 mars : « Aucune dépêche télégraphe et aucune lettre ne font connoître que Grenoble lui ait ouvert les portes »4 alors que le triomphe de Bonaparte en Dauphiné a été parfaitement rapporté à Paris. * C’est ainsi une situation délicate que le pouvoir Bourbon a mis en place dans l’urgence de l’annonce du débarquement de Bonaparte. Panique qui n’en est pas une, avertissement à la population travesti en négligence d’un petit capitaine corse isolé dans le Sud de la France, le pouvoir ne parvient pas à créer une cohésion nationale qui aurait pu empêcher le « Vol de l’Aigle » que nous connaissons aujourd’hui. Dans une configuration ainsi défavorable, ou en

1. Les positions du Nain Jaune sont ici tolérées car il s’agit d’un journal ouvertement satirique. Fondé par Cauchois-Lemaire, il profite pourtant de son second degré pour laisser sous-entendre son soutien au retour de Bonaparte. 2. Le Journal des Débats, 10 mars 1815, p. 1. 3. Le Moniteur Universel est à l’époque l’équivalent de notre actuel Journal Officiel. 4. Cité dans Le Journal des Débats, 11 mars 1815, p. 2.

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tout cas qui n’a pas été optimisée, il ne reste à Napoléon qu’à pousser une carte pour que le Château s’effondre.

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Chapitre 2

De Grenoble à Lyon, une semaine pour défaire la Monarchie « L’enthousiasme qu’a fait éclater votre présence chez vos fidèles sujets de Bourgoin n’est que le prélude des acclamations universelles du Peuple français. » Adresse des habitants de Bourgoin à Napoléon le 10 mars 18151

Comme nous venons de le démontrer, ce n’est pas tant la faiblesse qui caractérise le pouvoir de la Monarchie aux alentours du 7 mars. Il s’agit avant tout d’une opportunité manquée d’organiser le pays en menant une campagne de vive opposition à Napoléon. Si la presse, comme nous l’avons analysée, ne soutient en aucun cas l’arrivée de Bonaparte, personne ne parvient à préparer la population ni même l’armée à lui faire face. Ainsi, la semaine du 7 au 13 mars, que ce mémoire de recherche tend à mettre en lumière comme la semaine décisive dans le retour de l’Empereur, ne s’annonce pas positive pour les Bourbons. L’envoi du Comte d’Artois et du Duc d’Orléans à Lyon apparaît comme une solution forte pour se préparer à la remontée des troupes impériales. Hélas pour eux, deux éléments ne jouent pas en leur faveur et mènent à la défaite rapide du pouvoir dans ce combat pour la légitimité. D’une part, les représentants de la Monarchie dans les régions – en premier lieu les préfets – ne parviennent pas à maîtriser l’évolution du tempérament de leur communauté et à insuffler un esprit monarchiste face aux percées bonapartistes. D’autre part, l’expédition du Comte d’Artois et du Duc d’Orléans à Lyon est un échec absolu résultant d’une trop grande confiance en un peuple lyonnais qui, nous le verrons, reçoit la nouvelle du retour de Bonaparte avec entrain et satisfaction.  Les soutiens volatiles des préfets et des maires Malgré les proclamations des différents préfets des départements du Sud-Est, ceux-ci ne parviennent pas à résister à la progression de Napoléon ; les maires de Grenoble et Lyon ne seront pas plus victorieux dans cette entreprise. 1. Citée dans Sophie et Anthelme Troussier, op. cit., p. 103.

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À Grenoble, le préfet Joseph Fourier 1 apparaît comme un premier personnage nébuleux dont il convient de comprendre la situation. Géomètre de profession, compagnon de Bonaparte durant la Campagne d’Égypte, il avait été nommé préfet de l’Isère dès son retour en France en 18022. Pourtant, il reçoit la Restauration avec beaucoup de loyauté envers le Nouvel Ancien Régime. Son nom circule au sein de la Monarchie (l’indignation de Fourier et de son département face au débarquement de Golfe-Juan est relayée dans le Journal des Débats du 9 mars 1815) et il se retrouve dans ses échanges à formuler ses vœux de prospérité au pouvoir en place3. Son attitude face à l’arrivée de Napoléon est, comme nous le savons, alarmiste et horrifiée. Après sa déclaration du 5 mars – citée dans le précédent chapitre – il s’en remet à l’armée et au Général Marchand qui se charge de l’organisation d’un conseil de guerre et de l’organisation de Grenoble pour interdire l’accès à la ville des troupes de l’Empire. Le 7 mars, alors que l’arrivée de Bonaparte à Grenoble est annoncée comme imminente, Fourier s’enfuit4 de la capitale dauphinoise. Ce geste malheureux est un triple affront. Tout d’abord un affront vis-à-vis du pouvoir en place, le Préfet étant le correspondant légitime et légal du pouvoir central dans chaque département : c’est un abandon exprimé au régime qu’il avait pourtant accepté d’épouser un an auparavant. Ensuite, c’est un affront à la population dont il est censé représenter l’intermédiaire avec la Monarchie à Paris et qu’il abandonne à l’Empire. Enfin, c’est un affront à Bonaparte, en organisant une résistance à sa venue tout en fuyant la confrontation. Quelques jours durant lesquels nul ne sait vraiment où il se trouve, il prend cependant contact avec Guillaume Sappey, sous-préfet de la-Tour-du-Pin afin de rester informé de la progression de l’Empire : il sait alors que Napoléon a finalement été reçu en héros dans Grenoble, et que l’Isère, département dont il est encore le préfet, représente un premier bastion résolument bonapartiste. C’est le 10 mars vers onze heures du matin que Fourier se présente à l’Hôtel du Parc de Bourgoin, où Napoléon a passé la nuit. De 1. On retrouve aussi dans certaines sources et certains ouvrages l’orthographe « Fourrier ». 2. Jacques-Joseph Champollion-Figeac, Fourier et Napoléon : l’Égypte et les Cent-Jours, Paris, Firmin-Didot Frères, 1844. 3 . « Je regarderai, monsieur le Conseiller d’État, comme les circonstances les plus agréables de mon administration, celles où je pourrai seconder vos vues, pour la prospérité des communes et l’accomplissement des vues bienfaisantes du Roi. » Lettre au Conseiller d’État Directeur Général de l’Administration des Communes quant à sa nomination par le Roi, 12 février 1815, Arch. Nat., cote F1a 415. 4. Gustave Vellein, Retour de l'île d'Elbe, de Grenoble à Lyon : Séjour de Napoléon Ier à Bourgoin le 10 mars 1815, Bourgoin, Paillet, 1925, p. 23.

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représentant de la Monarchie, Fourier est redevenu en quelques jours un citoyen capable de faire des choix libres de toute affiliation et d’allégeance. C’est rapidement qu’il retrouve des fonctions politiques, informé par courrier le 12 mars : il est nommé Préfet du Rhône par Bonaparte. Il avait été suspendu de ses fonctions de Préfet de l’Isère le 9 mars par un décret signé par Napoléon1. Le 15, c’est le Roi qui le renvoie de la Préfecture grenobloise, même si cette décision n’a déjà plus aucune valeur2. La municipalité de Grenoble fait elle aussi l’objet de fluctuations dans son comportement politique. Sa réaction aux évènements de l’île d’Elbe et à l’arrivée programmée de Bonaparte met en avant les exigences relatives à l’ordre public sans dénoncer solennellement le retour de l’Aigle. Le 7 mars, alors que Napoléon est attendu en fin d’aprèsmidi aux portes de la cité, le Maire appelle des Gardes nationaux supplémentaires pour assurer l’ordre en ville : Les circonstances nécessitent que quelques postes soient occupés par la Garde nationale. Le maintien de l’ordre et de la tranquillité publique exige ce service extraordinaire.3

Le Conseil municipal, rassemblé en conseil extraordinaire, ne fait également mention que de maintien de l’ordre sans aucune opposition solennelle à Bonaparte : [L]e Devoir de tous les membres du Conseil Municipal doit de se trouver à l’hôtel de ville en séance permanente pour délibérer sur les moyens qu’il y aurait à prendre afin de maintenir l’ordre et la tranquilité, faire respecter les personnes et les propriétés, qu’ils doivent même aider M. le Maire dans ses opérations.4

Cette attitude laisse comprendre que l’opposition à l’arrivée de Napoléon à Grenoble n’émane pas du pouvoir local. L’alchimie qui mène au succès de Bonaparte à Grenoble devra ainsi reposer, comme nous le verrons dans notre deuxième partie, sur d’autres facteurs tels que l’opposition plus ou moins vivace de l’armée ou encore le soutien du peuple grenoblois. *

1. Décret Impérial donné à Grenoble le 9 mars 1815, Arch. dép. Isère, cote 52 M 6. 2. Ordonnance du Roi, nomination de Joseph de St Chamond en tant que Préfet de l’Isère, 15 mars 1815, Arch. Nat., cote F1a 95 2. 3. Arrêté du Maire de Grenoble, 7 mars 1815, Arch. mun. Grenoble, cote 2D1. 4. Délibération du Conseil municipal de Grenoble, 7 mars 1815, Arch. mun. Grenoble, cote 1D3.

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Dans le département du Rhône, la Restauration semblait avoir été reçue avec un enthousiasme certain. En 1814, les communes du Rhône déclaraient d’une seule voix : Le fléau de la guerre a cessé. La France n’est plus sous le joug d’un homme qui avait fait lever contre lui toutes les nations de l’Europe qu’il avait spoliée, et tous les souverains qu’il avait insultés.1

À Lyon, une poignée de notables avait signé une déclaration en mai 1814 dans laquelle ils exprimaient leur soulagement : Heureux enfin de trouver, sous la protection du Gouvernement légitime, la liberté de manifester leurs sentimens, et de laver le nom Français de la honte dont il demeureroit entaché, si des coupables, encore souillés du sang de la plus auguste victime, pouvoient paraître autorisés à prendre part aux affaires de l’État.2

Le Comte Chabrol, Préfet du Rhône début mars 1815, ne semble pas présent sur la scène politique que la ville de Lyon est devenue pendant ces quelques jours. On peut l’expliquer par l’arrivée du frère et du cousin du Roi à Lyon – que nous allons analyser – qui seuls suffisent à remplacer l’autorité du Préfet. Le pouvoir déconcentré n’a plus lieu d’être : il est venu de Paris en personne pour siéger à Lyon. Ceci étant, le Comte de Fargues, Maire de Lyon, tient absolument à faire preuve d’autorité face à l’arrivée de Bonaparte. Résolument monarchiste, ses allocutions témoignent d’un souhait motivé de favoriser la victoire des troupes royales. Il publie deux déclarations les 7 et 8 mars visant à organiser le logement des militaires chez les habitants lyonnais 3. Mais deux déclarations, en date du 10 et 11 mars, doivent retenir notre attention comme elles ont retenu celles de leurs contemporains. Le 10 mars, alors que la rumeur de l’arrivée de Napoléon se répand dans toute la ville, le Comte de Fargues publie la déclaration suivante : Habitans de la Ville de Lyon, En acceptant les fonctions de Magistrat de la Cité, nous avons contracté l’engagement de nous dévouer, pour assurer le calme et entretenir l’ordre et la tranquillité parmi ses Habitans. Qu’ils se reposent sur nous de ce soin paternel ; notre devoir est de le remplir, y réussir sera notre récompense.

1. Ralliement des communes du Rhône à la Monarchie, avril 1814, Arch. dép. Rhône, cote 1M111. 2. Adresse à son Altesse Royale Monsieur Lieutenant-Général du Royaume, Paris, 24 mai 1814, Arch. mun. Lyon, cote I214. 3. Déclarations relatives aux « Logemens militaires », 7 et 8 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cotes 936 WP 18221823.

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Habitans de Lyon ! restez calmes dans vos foyers ; surveillez vos établissemens, vos ateliers, vos maisons, le reste est du ressort de vos Magistrats. 1

En réaffirmant ses prérogatives et compétences de Maire, le Comte de Fargues compte asseoir son autorité, essentielle pour permettre la défaite de Bonaparte. La peur de voir le peuple s’emparer de l’évènement dans une direction opposée – c’est ce que nous allons voir dans le prochain chapitre – habite également le Comte de Fargues. Face à la défaite le lendemain, il publie une deuxième déclaration commençant de la manière suivante : Habitans de Lyon, Napoléon revient dans cette Cité dont il effaça les ruines, dont il releva les édifices, dont il protégea le commerce et les arts : il y retrouve, à chaque pas, des monumens de sa munificence : sur les champs de bataille, comme dans ses palais, toujours il veilla sur vos intérêts les plus chers : toujours vos Manufactures obtinrent des marques de sa généreuse sollicitude.2

Ce surprenant tournant dans l’attitude du maire de Lyon, à l’instar des autres personnalités que nous avons examinées, peut être expliqué par la volonté d’embrasser un nouveau pouvoir dont il savait qu’il parviendrait à ses fins une fois à Paris. Cela ne pouvant être prouvé à travers des sources, on ne peut qu’émettre des suppositions en plaçant ces comportements dans une dynamique d’abandon de la Royauté face à une victoire patente de l’Empire. Cela n’empêche pas les afficheurs lyonnais de rire du « retournement de veste » du Comte de Fargues : au lieu de recouvrir l’ancienne déclaration de la nouvelle, les voilà qu’ils les juxtaposent pour rappeler aux Lyonnais que leurs représentants, même s’ils laissent la victoire bonapartiste se répandre, n’ont pas toujours témoigné la même loyauté3.  L’échec de la visite du Comte d’Artois à Lyon En amont du triomphe de Napoléon à Lyon, un évènement se présente comme moment-charnière dans cette semaine décisive. La venue du Comte d’Artois à Lyon doit pouvoir organiser les troupes présentes sur place et celles appelées à se réunir dans la Capitale des Gaules. Arrivé le 8 mars, il espère trouver ici un soutien infaillible à la fois dans les troupes et dans la population. Tout semble leur indiquer que le peuple lyonnais est acquis à la 1. Déclaration du Maire de Lyon, 10 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1842. 2. Déclaration du Maire de Lyon, 11 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1843. 3. « Napoléon Ier » dans Bruno Benoit, Patrice Béghain et alii., Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès, 2009, p. 896.

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cause monarchiste. On rappelle dès que nécessaire les évènements tragiques de 1793, quand Lyon « la Blanche » refusa les ordres de la Convention et dont la destruction fut annoncée. Cet évènement fait avant tout l’objet d’une opposition constante entre l’entrain fragile des Lyonnais vis-à-vis de la Monarchie et l’image rassurante, comparable à la « méthode Coué », que le pouvoir vise à diffuser au sein de la ville. Tout d’abord, les différentes déclarations relatives à l’organisation de la venue du Comte d’Artois et de l’arrivée de troupes militaires supplémentaires mentionnent l’hébergement obligatoire des soldats chez les habitants du Nord de la ville (dans les quartiers de Saint-Clair et des Terreaux) en faisant toutefois passer cette obligation comme un acte de volontariat enthousiaste de la part des riverains : Nous sommes persuadés de l’empressement avec lequel ces braves seront reçus par les Lyonnais, qui se feront un plaisir de les accueillir dans leurs propres habitations et de ne recourir aux logements étrangers, qu’autant qu’il leur serait impossible de mieux faire. 1

Le même jour, le Maire publie une déclaration annonçant le passage en revue de la Garde nationale sur la Place Louis-le-Grand2 : SON ALTESSE ROYALE MONSIEUR, Frère du ROI, passera la revue de la Garde nationale, aujourd’hui Mercredi à midi, sur la Place de Louis-le-Grand.3

Cette déclaration peut être interprétée comme une invitation à un rassemblement autour de la place visant à consolider le soutien de la population lyonnaise à la Monarchie. Ce premier évènement peut constituer pour le pouvoir une première mesure de la température politique qui habite la ville de Lyon. Or, l’accueil réservé par les troupes et les Lyonnais sur la Place Louis-le-Grand est très froid et réservé4. Le colonel de Montal, échappé de Grenoble, rapporte au Comte d’Artois les évènements de Laffrey et de Grenoble survenus la veille. Fort de ce constat, le frère du Roi tente le lendemain d’inverser la tendance en adressant deux

1. Déclaration du Maire de Lyon, « Logemens militaires », 8 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1822. 2. La Place Louis-le-Grand correspond à l’actuelle Place Bellecour, au centre de la Presqu’île de Lyon. Elle avait été nommée Place Bonaparte puis Place Napoléon durant le Consulat et le Premier Empire. 3. Déclaration du Maire de Lyon, 8 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1824. 4. Gustave Vellein, op. cit., p. 16.

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messages. La première déclaration s’adresse aux habitants de Lyon. Plutôt longue, elle comprend les mentions suivantes : Aujourd’hui un ennemi audacieux, l’homme de l’île d’Elbe, s’avance, agitant les brandons de la guerre civile, enhardi peut-être par quelques premiers succès que la Providence n’a permis que pour le conduire plus sûrement à sa ruine, en l’aveuglant sur la faiblesse de ses moyens. J’accours pour partager vos dangers ! Le Frère du ROI se confie à sa Ville fidèle. N’est-ce pas ici qu’ont toujours été les véritables appuis du Trône ? Les Lyonnais de 1793 sont là, ou revivent dans leurs enfans. Ce sont eux que j’ai revus dans cette brave Garde nationale, la force et l’honneur de votre Cité. Vous serez vaillamment secondés par l’Armée qui se rassemble ; des secours nombreux arrivent de toutes parts, et c’est sous vos murs, LYONNAIS, si on ose les approcher, qu’échouera cette entreprise impie. Vous serez les Sauveurs de la France !1

Cette adresse au peuple de Lyon laisse entrevoir de nombreux objectifs voulus par le Comte d’Artois. Le premier est naturellement de convaincre les Lyonnais que leur fidélité à la Royauté, seul organe légitime face à « l’homme de l’île d’Elbe » est essentielle car les évènements à Lyon auront un aspect décisif dans la progression de Buonaparte – il est d’ailleurs remarquable que les contemporains de cette période mesurent déjà l’enjeu de ces quelques jours à une échelle bien plus large. Il est intéressant de noter le lien établi avec l’Armée, censée former une complémentarité avec le peuple nécessaire au succès d’un camp ou de l’autre. C’est ainsi que la seconde déclaration, adressée aux soldats, reprend le même registre persuasif : BONAPARTE a débarqué sur nos côtes ! … Il conduit avec lui une poignée d’hommes associés à sa mauvaise fortune, et c’est avec ces faibles qu’il prétend imposer de nouveau son joug à une grande Nation qu’il a lui-même abandonnée, après l’avoir conduite sur le penchant de sa ruine. SOLDATS, il vous calomnie ! (…) Partout où vous verrez mon panache blanc, suivez-le, c’est le chemin de l’honneur.2

La presse aussi, comme nous avons déjà commencé de l’évoquer, contribue à créer un artificiel climat favorable au pouvoir en place. Les feuilles parisiennes rapportent que le Comte d’Artois « a trouvé les troupes et les habitants réunis dans un sentiment de dévouement et de fidélité, dont elle a reçu les témoignages les plus éclatants »3. 1. Message de Charles-Philippe de France « Aux Lyonnais », 9 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1834. 2. Message de Charles-Philippe de France « Aux Soldats », 9 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1835. 3. Cité dans Gustave Vellein, op. cit., p. 27.

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L’arrivée du Duc d’Orléans et du Général Macdonald le 9 mars doivent pouvoir apporter une autorité supplémentaire visant à conserver – sinon reconquérir – le soutien du peuple et de l’armée. La revue du lendemain est ainsi très attendue. Le Comte d’Artois et le Duc d’Orléans se rendent alors dans les faubourgs de l’Est lyonnais en essayant de glaner des informations quant à la progression de Bonaparte, tandis que la presse parisienne annonce déjà que « Monseigneur le duc d’Orléans, à la tête de vingt mille hommes, avait repoussé Buonaparte au-delà de Bourgoin »1. Ils peuvent alors compter sur certains militaires encore fidèles au Roi, échappés de l’Isère pour rejoindre des troupes royalistes, qui sont les meilleurs témoins pour informer leur camp beaucoup trop sensible aux rumeurs et mensonges. Dans la nuit du 8 au 9 mars, l’aide de camp du Comte d’Artois, Jules de Polignac, se rend à l’Hôtel du Parc de Bourgoin – où Bonaparte logera la nuit suivante – afin de vérifier si des voyageurs en provenance de Grenoble ont dormi récemment dans l’établissement. Il y trouve Rostaing, Inspecteur des Revues, royaliste échappé de Grenoble qui conte alors l’accueil réservé par les Dauphinois à Bonaparte la veille2. Ces nouvelles ne font que renforcer la détermination du Comte d’Artois, du Duc d’Orléans et du Général Macdonald de protéger Lyon. Le 10 mars, ils passent en revue une nouvelle fois les troupes sur la Place Louis-le-Grand, mais à quelques pas de la place, les Lyonnais attendent déjà Bonaparte devant le Pont de la Guillotière. Les garnisons ne manifestent qu’une loyauté hésitante à la Monarchie. Quelques centaines de soldats continuent de suivre les ordres du Général Macdonald mais d’autres se mutinent déjà. Le Moniteur du 22 mars3 rapporte la conversation entre un vieux soldat membre d’un des Régiments des Dragons et le Prince : Allons, camarade, lui dit le prince, crie donc : Vive le Roi ! – Non, Monsieur, répond ce brave, aucun soldat ne combattra contre son père. Je ne puis vous répondre qu’en criant : vive l’Empereur ! 4

C’est à ce moment-là que les représentants de Louis XVIII comprennent qu’il sera difficile d’empêcher l’entrée dans la ville des troupes impériales. Malgré la fidélité de

1. Cité dans Gustave Vellein, op. cit., p. 27. 2. Gustave Vellein, op. cit., p. 17. 3. Napoléon étant officiellement de retour au pouvoir le 21 mars, il faut comprendre que ce numéro du Moniteur est déjà sous l’influence et le contrôle directs de l’Empire. Le choix et la retranscription de la citation dans le Moniteur peut avoir fait l’objet d’une certaine exagération. 4. Cité dans Gustave Vellein, op. cit., p. 30.

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quelques centaines de soldats, ils sont contraints de fuir sur la route de Moulins. Le général Macdonald, resté à Lyon, n’a plus d’autorité sur les soldats. Le champ est ainsi libre pour l’Empire arrivant sur le Pont de la Guillotière. Lyon devait être la vitrine du pouvoir, la personnification du soutien à la Monarchie ; la Capitale des Gaules voit finalement l’Empire et l’Empereur entrer avec triomphe dans son enceinte. Le vendredi 10 mars 1815, au milieu des sept jours que nous tentons de comprendre dans ce travail de recherche, la confrontation directe avec la Monarchie n’est plus d’actualité pour Bonaparte et les siens. Il peut alors, dans une ville aussi grande et riche en ressources et en soutiens que Lyon, commencer à réorganiser les troupes dont il dispose et préparer le reste de son voyage vers Paris.

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Partie II

Regagner le soutien de la France

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Il a été décidé au début de ce travail de décomposer le retour au pouvoir de Bonaparte en trois dynamiques distinctes. Si la monarchie a été défaite car elle ne disposait pas en son sein de structures suffisamment solides et de représentants assez fidèles, elle doit également faire face à un peuple tenté par de nouveaux horizons impériaux. Ce peuple doit pouvoir conférer à Bonaparte une nouvelle légitimité qui lui permettra de pouvoir se reposer sur une base populaire forte. L’Armée elle aussi est indispensable à Napoléon. Outil de ses plus grands triomphes durant son règne, elle doit être en mesure de constituer un « laissez-passer » pour l’Empire sur sa route vers Paris. Des oppositions fortes entre pro- et antibonapartistes prennent place durant cette semaine et déterminent in fine le sort du « Vol de l’Aigle » dans leur soutien à l’Empire, au-delà même de leur seule valeur militaire.

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Chapitre 3

Deux villes, deux ovations

On peut dire de manière certes banale que le temps court joue en la faveur de Napoléon. Comme nous le savons, les informations à Paris se répandent lentement. Pendant ce temps, Napoléon a pu enfin quitter le Sud et éviter la Vallée du Rhône qui ne lui aurait présenté que des bastions monarchistes déterminés à le faire tomber. Le plébiscite, on le sait, est une thématique chère au bonapartisme et à son représentant. Celui-ci sait qu’il doit retrouver cette providence dans l’accueil que la population lui réserve, sans quoi il ne peut avec confiance espérer rejoindre Paris. Il se doit donc d’être au bon endroit au bon moment. Durant sa traversée des Basses et Hautes-Alpes, Napoléon voit les premières foules saluer son retour. Dans ces premiers moments de joie et de satisfaction, il quitte Gap le 6 mars en laissant aux habitants des deux départements une déclaration dans laquelle il exprime son émotion de trouver un sincère soutien populaire : « Vous avez raison de m’appeler Votre Père ; je ne vis que pour l’honneur et le bonheur de la France »1. Le 7 mars s’offre à lui le Dauphiné, début de cette semaine durant laquelle il retrouve sa pleine légitimité auprès du peuple. Il sait qu’il sera amené en quelques jours à traverser Grenoble et Lyon, deux villes sur lesquelles il est en mesure d’obtenir un vif soutien. Mais ces deux cités, sœurs dans le Vol de l’Aigle,

présentent

des

caractéristiques

particulièrement

différentes

qui

s’avèrent

complémentaires dans le parcours de Napoléon.  « Avant Grenoble j’étais aventurier. À Grenoble j’étais Prince. » Le Dauphiné est connu pour ne pas accueillir la Restauration avec le plus grand entrain. Cette ancienne province médiévale doit faire l’objet d’une distinction, comme beaucoup de régions françaises, entre sa capitale d’une part, où l’influence des notables bourgeois est forte après la Révolution, et le monde rural hors de Grenoble d’autre part, qui de Napoléon garde le souvenir d’un héros et garant des vertus de la terre2. Mais la capitale du 1. Message de Napoléon « aux Habitans des Départemens des Hautes et Basses-Alpes », 6 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1826. 2. Jacques Berriat Saint-Prix, op. cit., p. 6.

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Dauphiné n’est pas pourtant plus enthousiaste quant à la Monarchie restaurée : son surnom « Grelibre » utilisé depuis 1793 est utilisé par Louis XVIII et souligne la méfiance que le pouvoir a envers Grenoble1. L’accueil dans les premiers villages du Dauphiné au matin du 7 mars est positif et est resté ancré dans les symboliques collectives comme l’image d’un généreux sauveur du peuple2. Mais c’est la fin de cette journée qui constitue un enjeu majeur pour Bonaparte. En effet, la rencontre de Laffrey – que nous examinerons dans le chapitre suivant – constitue un obstacle de masse dans sa progression, mais celle-ci concerne l’armée et non le peuple. Entrer dans Grenoble est essentiel pour mesurer la température de la capitale dauphinoise. L’entrée dans la ville par la Porte de Bonne en début de soirée, facilitée par l’Armée et par les évènements de Laffrey quelques heures auparavant, est triomphale : les portes fermées par les ordres politiques et militaires sont détruites à « coups de hache par dehors, et aussi par dedans »3. De nombreuses gravures représentent Napoléon sur son cheval au milieu d’une foule en liesse. La dualité du Dauphiné se retrouve dans l’arrivée de Napoléon à Grenoble. D’une part, deux notables grenoblois facilitent grandement le triomphe de Bonaparte en Isère. Jean Dumoulin, descendant d’une riche famille de gantiers, est bouleversé par l’exil de l’Empereur sur l’île d’Elbe en 18144. Le deuxième, également âgé de vingt-huit ans, est Joseph Emery, chirurgien qui est admis dans les maigres troupes que le Traité de Fontainebleau accorde à Bonaparte. Ce sont ces deux concitoyens qui conseillent à Bonaparte de passer par Grenoble lors de sa remontée à travers les Alpes, où il pourra trouver un soutien de la part de la population. À son arrivée le soir du 7 mars, Napoléon est accueilli à l’Auberge des Trois Dauphins tenue par un ancien soldat de la Campagne d’Égypte nommé Labarre 5. D’autre part, 1. Paul Dreyfus, Histoire du Dauphiné, Paris, Que Sais-Je ?, Presses Universitaires de France, 1972. 2. Gilbert Bouchard, L’Histoire de l’Isère en BD (Grenoble, Glénat, 2004) présente dans son Tome 5 Napoléon entouré d’une liesse populaire jetant des bourses aux maires des villages en leur adressant un court « Pour votre hôpital ! ». Si l’accueil positif des Isérois n’est plus à prouver, cette image d’Épinal est à prendre évidemment avec précaution. 3. Stendhal cité par Louis Comby, Histoire des Dauphinois : des origines à nos jours, Paris, Nathan, 1978, p. 102. 4. Sophie et Anthelme Troussier, op. cit., p. 41. 5. Auguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, Grenoble, Gratier, 1888, p. 666.

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les paysans dauphinois assurent un soutien sans faille à Bonaparte. En 1836, ils se confient à Stendhal et évoquent trois raisons de soutenir le retour de l’Empereur : « le souvenir des exploits militaires de Napoléon, le désir d’une revanche après l’humiliation de la première invasion, la volonté paysanne de garder les biens nationaux »1. La littérature locale retient la description par le Général de la Houssaye des « milliers de torches » portées par les paysans du Dauphiné accompagnant Napoléon dans son arrivée à Grenoble2. Procédé surprenant, les Grenoblois adressent à Napoléon un message public dans lequel ils expriment leur fierté d’accueillir l’Empereur retrouvé. Cette adresse commence de la manière suivante : Sire, Les Habitans de Grenoble, fiers de posséder dans leurs murs le triomphateur de l’Europe, le Prince au nom duquel sont attachés tant de souvenirs glorieux, viennent déposer aux pieds de Votre Majesté le tribut de leur respect et de leur amour. Associés à votre gloire et celle de l’armée, ils ont gémi, avec les braves, sur les évènements funestes qui ont, quelques instans, voilé vos Aigles.3

Au-delà du soutien indispensable des citoyens, Napoléon doit leur restaurer leurs symboles piétinés et laissés à Fontainebleau. C’est pourquoi dès son arrivée à Grenoble la Cocarde tricolore est rétablie et devient alors le signe de l’approbation populaire de l’Empereur4. Napoléon quitte Grenoble le 9 mars au matin et laisse aux habitants du Dauphiné un message dans lequel il adresse ses remerciements pour leur accueil chaleureux : [J]e débarquai sur le sol de la Patrie, et je n’eus en vue que d’arriver avec la rapidité de l’aigle dans cette bonne ville de Grenoble, dont le patriotisme et l’attachement à ma personne m’étaient particulièrement connus. Dauphinois ! Vous avez rempli mon attente. 1. Stendhal cité dans Louis Comby, op. cit., p. 102. 2. Cité dans Emmanuel de Waresquiel, op. cit., p. 89. 3. « Adresse des Habitans de la Ville de Grenoble, À sa Majesté l’Empereur des Français », Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1831. 4. « Arborer la Cocarde » devient alors le symbole de la Chute des derniers bastions monarchiques. Par exemple, une dépêche télégraphique en date du 27 mars, alors que Napoléon est déjà de retour aux Tuileries, indique qu’à Nantes, Rennes et Brest, « La Cocarde Nationale a été arborée par tous aux cris de VIVE L’EMPEREUR ! ». Dépêche télégraphique du Ministre de la Guerre, copie au Préfet de l’Isère, 27 mars 1815, Arch. dép. Isère, cote 52 M 6.

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(…) Dauphinois, (…) j’ai senti le besoin de vous exprimer toute l’estime que m’ont inspirée vos sentimens élevés. Mon cœur est tout plein des émotions que vous y avez fait naître ; j’en conserverai toujours le souvenir.1

La suite de son périple à travers l’Isère est en tout point comparable à l’accueil que Napoléon a reçu auparavant. Dans la soirée du 9 mars, les communes de Voreppe, Moirans, Rives célèbrent le passage nocturne de leur Empereur2. L’arrivée à Bourgoin dans la nuit du 9 au 10 mars suscite de nombreuses célébrations dans la ville et d’agitation autour de l’Hôtel du Parc où Napoléon loge pour une nuit et prépare son arrivée à Lyon.  « Lyonnais, je vous aime » Dans son message aux habitants de Grenoble le 9 mars, Napoléon précise que le chemin doit le mener maintenant « dans [s]a bonne ville de Lyon » 3 . La relation que Bonaparte entretient avec la Capitale des Gaules est particulière et a souvent éveillé la curiosité des Historiens. Installé à l’Hôtel du Parc de Bourgoin pendant la journée du 10 mars, il prépare son entrée à Lyon, et doit pouvoir être certain d’obtenir des Lyonnais qu’ils s’opposent aux troupes du Général Macdonald qui tentent de détruire le pont de la Guillotière, seul accès sur le Rhône à l’époque vers centre de Lyon. Le peuple lyonnais fait l’objet de bien des convoitises. Comme nous l’avons vu, la Monarchie voit en lui un peuple traumatisé par 1793 et qui n’a jamais pu épouser les idées de la Révolution. Napoléon lui, reconnait dans Lyon une population profondément modérée, à la fois catholique et sociale, bourgeoise et industrielle, dernière cité qui l’avait acclamé au moment de son départ pour l’île d’Elbe avant l’humiliation de la Vallée du Rhône. À ce moment-là, le maire de la Guillotière4 avait été rappelé à l’ordre par le Préfet du Rhône : Monsieur, J’apprends que, dans le moment où la Nation entière abandonne Napoléon Bonaparte, et le déclare déchu d’un trône d’où il vient de descendre lui-même, vous manifestez de l’attachement aux choses qui rappellent le règne funeste de ce monarque. Comme il se pourrait que cette manifestation 1. « Napoléon aux Habitants du Département de l’Isère », 9 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1832. 2. Gustave Vellein, op. cit., pp. 6 – 10. 3. « Napoléon aux Habitants du Département de l’Isère », 9 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1832. 4. Aujourd’hui quartier intégré au 7e arrondissement de Lyon, la Guillotière constituait à l’époque un faubourg populaire important de l’autre côté du Rhône.

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devînt dans votre commune une occasion de trouble et de désordre, je vous rends responsable de tout évènement fâcheux qui en proviendrait, et je vous invite à m’informer sans délai des faits qui peuvent avoir donné lieu au rapport que l’on vient de me faire à votre égard.1

Au-delà des querelles politiques, les Lyonnais font preuve dans leur attitude d’une indépendance qui effraie le pouvoir. Quelques semaines avant l’annonce du retour de Napoléon, dans une affaire bien différente, le Préfet avait demandé que les crieurs de journaux ne scandent que les titres des publications et non le contenu des articles, et ce afin d’éviter toute éventuelle émotion populaire2. Le 9 mars, alors que l’arrivée de Bonaparte se fait imminente, tout rassemblement dans les rues, sur les Quais ou dans les Ports est interdit par le Maire3. Le lendemain, il demande aux Lyonnais « qu’ils se reposent sur nous de ce soin paternel » 4 de veiller à leur sécurité. De manière évidente, les Lyonnais dérangent. Leur soutien latent aux « bandits de l’île d’Elbe » ne cherche qu’à être exprimé. C’est ce qui arrive finalement dans la journée du 10 mars : les troupes de Macdonald doivent se replier à l’Ouest alors que la population attend déjà sur le Pont de la Guillotière Napoléon. À l’instar des paysans du Dauphiné à Grenoble, les Canuts lyonnais forment un groupe populaire cohérent et supérieur numériquement qui apporte son total soutien au retour de Napoléon. L’intérêt que l’Empereur portait aux industries de la Soie en région lyonnaise ainsi que la détérioration de l’économie sous la Restauration peuvent l’expliquer. Les canuts tentent alors de démonter les barricades afin de faciliter le passage des troupes napoléoniennes 5 qui réussissent en fin de journée du 10 mars à entrer dans la ville une heure avant leur Empereur retrouvé. Déjà expliqué précédemment, le soudain inversement d’attitude du Maire le Comte de Fargues fait naître les déclarations les plus enthousiastes de sa part à l’idée d’accueillir Bonaparte. Outre sa première déclaration, il publie le 11 mars une invitation publique à la fête dans les rues de Lyon :

1. Lettre du Préfet du Rhône au Maire de la Guillotière, 11 avril 1814, Arch. dép. Rhône, cote 4 WP 057. 2. Lettre du Préfet du Rhône au Ministre de l’Intérieur, 4 mars 1815, Arch. dép. Rhône, cote 4 M 149. 3. Arrêté du Maire de Lyon, 9 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1836. 4. Déclaration du Maire de Lyon, 10 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1842. 5. Emmanuel de Waresquiel, Cent-Jours, la tentation de l’impossible, Paris, Fayard , 2008, p. 90.

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Pour célébrer le retour de Sa Majesté l’Empereur dans sa bonne ville de Lyon, tous les édifices publics et particuliers seront illuminés ce soir. Nous n’avons pas besoin d’inviter nos concitoyens à se conformer à cette disposition. 1

Le séjour de l’Empereur à Lyon durant trois jours se transforme en bal permanent de soutiens populaires et de notables. « Plus de 20,000 âmes stationnent sous ses fenêtres » écrit Félix Fleury cinquante ans plus tard2. La culture populaire retranscrit cette liesse, notamment à travers la musique3. Napoléon quitte Lyon le 13 mars, après quatre jours de visites dans la ville et de passage en revue des troupes. De ce départ reste gravée une déclaration que l’Empereur fait afficher partout dans la ville : Lyonnais, Au moment de quitter votre Ville pour me rendre dans ma Capitale, j’éprouve le besoin de vous faire connaître les sentimens que vous m’avez inspirés. Vous avez toujours été au premier rang dans mon affectation. Sur le Trône, ou dans l’exil, vous m’avez toujours montré les mêmes sentimens. Ce caractère élevé, qui vous distingue spécialement, vous a mérité toute mon estime. Dans des momens plus tranquilles, je reviendrai pour m’occuper de vos besoins, et de la prospérité de vos Manufactures et de votre Ville. LYONNAIS, JE VOUS AIME.4

Ces mots restent encore à ce jour le parangon de la relation entre l’Empereur et Lyon, au même titre que la reconstruction de la Place Bellecour en 1800, de l’organisation de la Consulta italienne en 1802 au Collège de la Trinité ou encore du projet de Palais Impérial dans le quartier de Perrache en 1804. Ce lien est appelé à rester fort et le retour de Napoléon à Lyon dans les années qui suivent est attendu et espéré par les Lyonnais. * Le peuple a apporté, en Isère comme dans le Rhône, dans les villes comme à la campagne, un soutien indéfectible au retour de Napoléon qui a contribué – comme nous l’avons vu – au rejet de la Monarchie et qui prépare simultanément – nous le verrons dans la dernière partie – un retour officiel au pouvoir de Bonaparte en tant qu’Empereur.

1. Avis du Maire de Lyon, 11 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1844. 2. Félix Fleury, op. cit., p. 8. 3. Les paroles de plusieurs chants se trouvent en annexe 4. 4. Déclaration de Napoléon aux Lyonnais, 13 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1859.

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Chapitre 4

L’indispensable appui de l’Armée

« On ne peut arrêter l’eau de la mer avec ses mains » Maréchal Ney en référence à la progression de Napoléon, le 14 mars 18151

L’histoire militaire occupe un rôle prééminent durant tout le règne – voire la vie – de Napoléon Bonaparte. Ancien élève de l’École de Brienne, reconnu comme fin stratège par ses contemporains, père de nombreuses légendes militaires à la suite de ses victoires en Égypte, à Austerlitz ou encore à Iéna, on peut discuter longuement de la corrélation entre ses conquêtes militaires, la gestion de son Empire et son constant besoin d’étendre ce dernier. Or, il n’est pas question ici de dresser une histoire militaire du « Vol de l’Aigle » ; au contraire, l’enjeu est de retranscrire un soutien militaire en atout politique. En effet, les troupes doivent assurer non seulement une sécurité pour Bonaparte mais aussi une capacité de progression dans les terres et de conviction envers les citoyens et autres troupes militaires encore hostiles au retour de l’Empereur. De très minces effectifs sont accordés à Buonaparte par le Traité de Fontainebleau ; c’est avec ce millier de soldats que Napoléon quitte l’île d’Elbe fin février. Déjà lors du débarquement à Golfe-Juan, il souligne l’importance d’attendre de ses soldats un soutien sans failles : Soldats ! Venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef ; son existence ne se compose que de la vôtre ; ses droits ne sont que ceux du peuple et les vôtres ; son intérêt, son honneur, sa gloire, ne sont autres que votre intérêt, votre honneur et votre gloire. La victoire marchera au pas de charge : l’Aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher, jusqu’aux tours de Notre-Dame ; alors vous pourrez montrer avec honneur vos cicatrices ; alors vous pourrez vous vanter de ce que vous aurez fait ; vous serez les libérateurs de la Patrie.2

Comme toute histoire napoléonienne, celle du soutien de l’Armée pendant le « Vol de l’Aigle » a son évènement-phare, embelli par la légende bonapartiste : la rencontre de Laffrey,

1. Cité dans Arthur Conte, Soldats de France : Les grandes heures de notre histoire, Plon, 2001, p. 268. 2. Message de Napoléon « à l’Armée » depuis Golfe-Juan, 1er mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1871.

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le 7 mars 1815, quelques heures avant l’arrivée à Grenoble. Ce jour-ci, sur la plaine de Laffrey, au bord d’un lac entouré par les Alpes, les troupes de l’Empire rencontrent celles de la Monarchie qui, dans un extrême dilemme entre jeter les Armes et tirer sur Bonaparte, se rallient à l’Empereur. En dépouillant cette scène de ses enluminures, elle conserve toutefois une portée historique forte : elle marque le début des ralliements de bataillons à la cause impériale. Ceux-ci sont vitaux car tout en apportant un nouveau soutien à Napoléon ils abandonnent celui qu’ils ont envers la Royauté. Nous analyserons les actes de ce registre qui surviennent de Grenoble à Lyon et qui constituent un appui décisif sur le chemin vers Paris.  « Je suis votre Empereur, reconnaissez-moi ! » : la rencontre de Laffrey À Grenoble, le Général Marchand prépare depuis le 5 mars la défense de la ville afin d’immobiliser complètement la progression de Bonaparte. La 5 e de ligne du Commandant Delessart est postée aux environs de la Mure, à trois heures au sud de Grenoble, et constitue le premier obstacle aux troupes napoléoniennes. La légende ne conserve que la rencontre du 7 mars entre les deux régiments, prêts à mener la première bataille depuis le débarquement de Golfe-Juan. Alors que les officiers royalistes ordonnent à leurs soldats paralysés de peur d’ouvrir le feu, Bonaparte s’avance et s’exclame : « Soldats du 5e, je suis votre Empereur. Reconnaissez-moi ! ». Et de poursuivre : « S’il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, me voilà ! ». S’ensuit une scène de joie et de réconciliation entre cocardes blanches et tricolores. Cet évènement reste l’une des pierres angulaires de la légende napoléonienne des Cent-Jours. Gabriel Faure écrit à la fin du XIXème siècle : Tandis qu’à Grenoble, j’étais dans l’hôtel même où logea Napoléon ; on me montra la chambre que garnissait encore le mobilier de l’époque ; je déjeunais dans la salle où il prit ses repas, en des circonstances mémorables, il y avait quatre-vingts ans, le soir même de la rencontre de Laffrey : cela, c’était de l’histoire.1

Ceci étant, l’Histoire dans sa signification scientifique est bien plus complexe. Cet évènement ne résulte pas seulement d’une rencontre fortuite et du courage d’un Homme convaincu de la fidélité d’une garnison entière, mais a été en vérité orchestré afin qu’il ne reste qu’une place infime laissée à l’arbitraire. La rencontre dans la nuit du 6 au 7 mars entre

1. Gabriel Faure, Pèlerinages dauphinois, Grenoble, J. Rey, 1925, p. 94.

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les adjudants-majors des deux camps1 ayant pour but de « faire le logement » – c’est-à-dire de préparer la bataille – se transforme alors en mise en scène de l’évènement. « L’Empereur va marcher vers vous. Si vous faites feu, le premier coup de fusil sera pour lui. Vous en répondrez devant la France » dit Laborde à son homologue royaliste2. Sans bien sûr que ce dernier ne se range immédiatement derrière le drapeau tricolore, les soldats royalistes étaient autour des deux hommes et ont tout entendu. Le Commandant Delessart aurait alors dit : « Comment engager le combat avec des hommes qui tremblent de tous leurs membres et qui sont pâles comme la mort ? »3. Ainsi peut être introduite, conclue et résumée la Rencontre de Laffrey : en mesurant le potentiel choix qui était le leur, les soldats n’ont osé tirer sur leur ancien Empereur malgré les instructions du capitaine Randon, neveu du Général Marchand. Il ne s’agit pourtant pas d’un soulèvement d’une armée contre ses dirigeants, ni d’une apparition miraculeuse en la personne de Bonaparte. L’évènement est un subtil concours de circonstances au sein duquel a pu se produire le dénouement que nous connaissons. Au-delà de l’évènement per se, remarquable pour ceux qui scientifiquement construisent l’histoire de l’Empire tout autant que pour ceux qui en admirent les symboles, ses conséquences sont certainement encore plus notables car nombreuses et décisives. L’opportunité du ralliement, illustrée par ces quelques mots prononcés à Laffrey, « Je suis votre Empereur, reconnaissez-moi ! », va ainsi s’offrir à de nombreuses garnisons durant le voyage de Napoléon vers Paris. Avant même l’arrivée à Grenoble le soir du 7 mars, c’est la 7ème de ligne menée par Charles de la Bédoyère qui se rallie à Bonaparte dans une euphorie générale accompagnée de plusieurs chants : « Vive l’Empereur ! », mais aussi « Bon ! Bon ! Napoléon va rentrer dans sa maison ! »4.  La suite du succès militaire à Grenoble et Lyon Ainsi les troupes de Napoléon se sont-elles agrandies avant même l’arrivée de l’Empereur à Grenoble. La Capitale du Dauphiné constitue une ressource logistique et humaine de premier ordre, et dans le cas de notre analyse un soutien militaire potentiellement 1. Du côté de l’Empire, l’adjudant-major s’appelle Laborde. 2. Cité dans André Castelot, op. cit., p. 731. 3. Ibid, p. 732. 4. Ibid, p. 734.

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colossal. Le Général Marchand avait depuis plus de deux jours organisé la défense de la ville mais avait inclus dans son plan de défense l’appui indispensable des deux régiments postés à La Mure (près de Laffrey) et à Vizille. Or, comme nous l’avons vu, ces troupes ont manifesté leur ralliement à l’Empire et mettent ainsi en péril le plan de Marchand, contraint de prendre la fuite par le nord de la ville1. L’accès à Grenoble permet alors de réorganiser dans un lieu clos et sûr les équipements qui sont désormais à la disposition de l’Armée impériale, soit « un parc de 200 pièces d’artillerie, (…) 60 000 fusils et (…) une immense quantité de munitions »2. Le lien tissé avec l’Armée est également symboliquement marqué par le séjour de Bonaparte à l’Auberge des Trois Dauphins tenue par Labarre, ancien soldat de la campagne d’Égypte. L’entrée dans la capitale iséroise est perçue par de nombreux auteurs comme une grande étape franchie sur la route de Paris, à l’image de Gustave Vellein qui en 1925 écrit : Les cinq régimes qui avaient embrassé sa cause et s’étaient joints aux vétérans de l’Ile d’Elbe, constituaient déjà une troupe capable de braver les forces que la royauté prétendait lui opposer ; mais à voir l’enthousiasme avec lequel l’armée se rangeait sous l’étendard aux trois couleurs, il devenait de plus en plus probable que l’aigle continuerait, sans obstacle, son vol, de clocher en clocher, jusqu’aux tours de Notre-Dame.3

Alors que le Comte d’Artois passe en revue ses troupes à Lyon, Napoléon peut se targuer de pouvoir faire de même à Grenoble. Les régiments qui ont rejoint l’Empire vont constituer un atout majeur pour la suite des évènements car ceux-ci entreprennent une action à l’impact capital : plusieurs régiments rédigent des lettres à l’attention de leurs frères d’armes encore fidèles au Roi, dans lesquelles ils les invitent à rejoindre Napoléon : Depuis le cinq Mars, les Aigles Impériales nous étaient annoncées, et leur vol rapide nous présageant très-prochainement l’heureux jour où nous verrions l’auguste Souverain qui nous a conduits constamment à la victoire, et qui eut toujours pour devise : Amour de la Patrie, honneur et gloire ; nos cœurs étaient disposés d’avance à accueillir SA MAJESTE comme tous les bons Français doivent le faire. (…) Suivez notre exemple, camarades ! L’EMPEREUR ne veut que la gloire et l’honneur de la France, et à ces rimes quiconque ne se rallierait point à lui, serait l’ennemi de sa Patrie. Vous avez été habitués à estimer vos compagnons d’armes sur le champ de bataille ; ils ne peuvent donc vous tromper.

1. Sophie et Anthelme Troussier, op. cit., pp. 58 – 59. 2. Auguste Prudhomme, op. cit. 3. Gustave Vellein, op. cit., p. 5.

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Que Napoléon soit notre mot de ralliement !1

À leur Empereur aussi, les Soldats s’adressent pour leur déclarer officiellement leur confiance et leur foi en son retour : Les Officiers, Sous-Officiers et Soldats de votre 11e régiment d’infanterie de ligne, ont éprouvé des peines bien cruelles, lorsque, par la lâcheté et la perfidie de ceux que Votre Majesté avait daigné combler de bienfaits, nous avons vu un moment l’Aigle française arrêter son vol rapide, elle qui naguère faisait trembler toute l’Europe et lui dictait des lois ; nous n’avons jamais été séparés de Vous ; nos cœurs et nos vœux vous ont suivi, nous n’aspirons qu’au bonheur de vous prouver notre dévoûment, notre fidélité et notre attachement à votre Personne sacrée. Nous jurons, Sire, de mourir pour votre service et pour le maintien de vos droits. 2

Ainsi, il semble que les régiments mesurent à Grenoble la portée de leur ralliement à l’Empire durant ce vol de « l’Aigle française », comme ils aiment à le citer. Les faits survenus à Grenoble ne constituent pas un évènement fini, et les risques qui les attendent à Lyon leur sont bien sûr connus. Mais la première réelle victoire et ovation dans une grande ville – Grenoble est peuplée de plus de 30 000 habitants en 1815 – confère un réel sentiment de « retour » de Bonaparte, que les Soldats et la population peuvent ainsi saluer. * Prendre la ville de Lyon exprime à son paroxysme le dualisme qu’il existe dans cette situation entre l’histoire militaire en elle-même et celle du soutien militaire que nous dressons dans ce chapitre : le rassemblement de nombreuses garnisons à Lyon sous l’autorité du frère du Roi constituerait, si les troupes de Bonaparte parvenaient à prendre la ville, un potentiel fort pour l’Empire en termes de force de dissuasion afin de marcher sans violences jusqu’à Paris, mais aussi un soutien massif afin d’insuffler au sein de l’Armée une réelle légitimité en la personne de Napoléon. Lors du passage à Lyon en 1814 de l’escorte impériale qui menait Bonaparte à l’île d’Elbe, la population avait célébré la fameuse garde impériale sous le regard rétif des monarchistes et des soldats de la Sixième Coalition3. Peu enthousiastes lors du passage en 1. « Les Officiers, Sous-Officiers et Soldats du 4ème Régiment du Corps Impérial de l’Artillerie, À leurs Camarades », 8 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1828. 2. « Les Officiers, Sous-Officiers et Soldats du 11ème Régiment d’infanterie de ligne, À Sa Majesté l’Empereur des Français », Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1840. 3. G. Lenotre, Napoléon : Croquis de l’Épopée, Bernard Grasset, 1932, p. 181.

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revue du Comte d’Artois, les troupes postées à Lyon en mars 1815 sont alors dirigées dès le 9 mars par le Général Macdonald, descendant d’une famille de Lords écossais1. Comme nous l’avons évoqué, ce soutien s’effrite fortement, influencé par une population qui a déserté la place Louis-le-Grand pour attendre devant le Pont de la Guillotière l’Armée impériale. Des lettres de soldats publiées par Arthur Chuquet dans son ouvrage Lettres de 1815 décrivent le chaos et l’abandon des régiments vis-à-vis de leur Monarque, qui lui préfèrent Bonaparte : J’ai quitté, ou plutôt je me suis échappé de Lyon à deux heures et demie de l’après-midi, après avoir été témoin, sur le pont de la Guillotière, de la défection des 20 e, 24e régiment de ligne et 13e de dragons qui, à l’apparition de l’avant-garde de Napoléon, ont passé sous ses drapeaux aux cris de Vive l’Empereur, cris répétés du faubourg de la Guillotière aux quais du Rhône, remplis d’une multitude sur les deux rives.2

L’entrée victorieuse dans Lyon constitue une nouvelle étape militaire pour Napoléon qui peut ainsi compter sur le nouveau soutien des mutins royalistes du 10 mars. Les journées suivantes font l’objet de nombreux passages en revue et de réapprovisionnement des troupes. À Paris, la Presse continue de sous-estimer les effectifs du corps armé impérial. Le Moniteur du 14 mars décrit les évènements de Lyon de la manière suivante : L’ennemi est cerné de toutes parts, il ne peut échapper à son juste châtiment, et c’est parce qu’il ne se dissimule plus sa perte irrévocable, c’est parce qu’il ne peut plus marcher en avant, ni rétrograder, que ce grand capitaine, jadis si actif, mais dont les facultés ont baissé, s’amuse à Lyon à passer la revue de sa petite troupe.

C’est cette « petite troupe » qui, au départ de Napoléon, adresse à son Empereur le même type de déclaration que celui publié à Grenoble : Comme au retour de l’Égypte, comme après ces époques signalées dans nos annales, lorsque la Patrie vous redemandait à grands cris ; seul… avec l’intérêt de la cause commune, les pressentimens du courage, et guidé par le génie de Marengo, d’Austerlitz, d’Iéna, de Montmirail ; Votre Arrivée fut une victoire pour vos enfans ; vos paroles, des bienfaits ; votre marche, une pompe triomphale… Nous avions reconnu l’homme de la Nation. (…) SIRE ! Vous avez dit, nous sommes maîtres chez nous ; oui, nous le serons. Que les peuples nous laissent oublier que nous l’avons été chez eux, et qu’ils se rappellent ce que peuvent des Français électrisés par l’enthousiasme, sollicités par des souvenirs, et conduits par N APOLEON.3

1. Arthur Conte, op. cit., p. 237. 2. Cité dans Gustave Vellein, op. cit., p. 38. 3. Lettre de la 19ème division militaire à Napoléon, 14 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP.

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Ainsi retrouvons-nous le même type d’interaction que celui qui était entretenu entre Napoléon et le peuple. Bien entendu, toutes les garnisons n’accompagnent pas Bonaparte jusqu’à Paris : un maillage militaire des territoires est en pleine reconstitution, et c’est sur ce réseau que l’Empereur doit pouvoir compter, au même titre que l’appui de la population. En 1815, Fleury de Chaboulon s’entretient à Vienne avec Werner et lui explique la complémentarité du soutien du peuple et de l’armée dans le succès du retour de Napoléon : S’il n’avait eu pour lui que le suffrage de quelques régimens insubordonnés, aurait-il traversé la France sans obstacle ? Aurait-il recueilli sur son passage le témoignage unanime de dévouement et d’amour que firent éclater à l’envi la population entière du Dauphiné, du Lyonnais et de la Bourgogne ?1

Ainsi avons-nous, au cours des deux chapitres de cette deuxième partie, insisté sur la complexe combinaison de circonstances et de soutiens sur lesquels Napoléon peut compter : d’une part un soutien fixe des populations locales au fur et à mesure du voyage de Bonaparte et des siens ; d’autre part un appui mobile de la part des troupes militaires qui viennent progressivement rejoindre les rangs de moins en moins maigres de l’Empire et qui sont réorganisées pour à la fois éviter une reconquête et royaliste mais surtout préparer l’avenir des Cent-Jours qui apparemment – et notre œil contemporain peut le confirmer – placeront de nouveau l’Armée au centre des projets de l’Empereur. Cette Armée, dans les semaines qui suivent, continuent de communiquer entre les régiments fidèles et ceux encore hostiles au retour de Bonaparte. Par exemple, malgré le fort soutien des populations des Alpes, les militaires basés dans le département du Mont-Blanc sont appelés au rassemblement et à l’obéissance : Comme Général, comme votre compatriote, je compte sur vous et vous attends tous à Chambéry. Présentez-vous à vos Maires, qui vous délivreront des feuilles de route : ceux d’entre vous non encore inscrits au 7e de ligne, seront dirigés sur les corps qu’ils choisiront. Qu’un mouvement spontané vous rallie autour du faisceau national, contre lequel échouera toute tentative étrangère. Par cette conduite, tout retard, toute désobéissance passés seront oubliés, et vous resterez et serez toujours dignes de notre département, de notre Empereur et de la Patrie.2

De plus, l’annonce des ralliements de certaines troupes est rendue publique afin d’accélérer le mouvement des autres garnisons encore réticentes. Début avril, certaines

1. Fleury de Chaboulon, Les Cent-Jours : Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815, Londres, Roworth, 1820, p. 18. 2. Proclamation du Chevalier Songeon, 7e division militaire, département du Mont-Blanc, 26 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1871.

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troupes de la Vallée du Rhône n’ont toujours pas arboré la cocarde tricolore : le ralliement d’Avignon est donc largement publicisé afin de créer un mouvement global : Les troupes des Divisions du Midi apprendront avec plaisir que le 10, les Habitans d’Avignon et la Garnison ont arboré la Cocarde tricolore. Le 10, le Maréchal Masséna, à Toulon, a fait prendre la Cocarde tricolore et arboré sur la Flotte et les Forts le Drapeau national ; il a fait tirer cent coups de canon, et fait publier une Proclamation dans laquelle il exprime les sentimens de tout bon Français pour l’Empereur et la Patrie. 1

* Cette partie a voulu expliquer par des faits et des mouvements ce qui a souvent été résumé en une légende, celle d’un Aigle volant de clocher en clocher de la Côte d’Azur à Paris. Mais la vérité met en lumière les difficultés de progresser tout en faisant le nécessaire pour garder hors de portée de nuire les opposants et en s’assurant du ralliement de toujours plus d’habitants et de garnisons. L’image du « clocher », quant à elle, semble particulièrement erronée car l’Église n’est pas la clé de voûte de ce retour de l’Aigle. Est-ce un premier indice du tournant libéral que veut opérer Bonaparte ? Son attitude politique et son ambition impériale semblent en effet être altérées durant ce voyage, et il convient de prendre le temps de l’analyser.

1. « Ordre du jour » à Lyon le 13 avril 1815, version publiée par le Préfet de l’Isère dans le département le 14 avril 1815, Arch. dép. Isère, cote 52 M 7.

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Partie III

Napoléon repolitisé, Bonaparte réimpérialisé.

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Trois néologismes semblent définir le résultat des deux dynamiques que nous avons expliquées précédemment. Le premier terme, la « relégitimation » traduit la reconnaissance de Bonaparte par ses soldats – dans un premier temps lors de la rencontre de Laffrey puis dans les villes de Grenoble et Lyon – et par la population des territoires traversés. Le deuxième substantif, la « repolitisation », peut être illustré par la citation de Napoléon dans ses mémoires de Sainte Hélène : « Avant Grenoble j’étais aventurier. À Grenoble j’étais Prince ». C’est dans l’attitude même de Bonaparte que les habitudes, les déclarations et les choix retrouvent un ton politique et une ambition dignes d’une personne publique. Enfin, il s’agit d’une réelle « réimpérialisation » pour celui qui jusqu’alors n’était encore plus que le souverain de l’île d’Elbe. Au-delà du retour dans la sphère politique, c’est un Aigle que l’on voit revenir sur son trône petit à petit, alors que Paris parait encore éloignée. Cette troisième et dernière partie est le fruit des deux précédentes : elle mènera une analyse de l’évolution de l’attitude politicienne de Bonaparte durant cette semaine décisive puis dressera un état des lieux des enjeux restants pour Napoléon au moment de quitter Lyon le 13 mars.

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Chapitre 5

Attitudes politiques d’un Empereur en (re)devenir « À présent, la partie purement « aventureuse » de son épopée tirait à sa fin. » Thierry Lentz à propos de l’arrivée à Lyon de Napoléon1

En l’espace de sept jours, du 7 au 13 mars 1815, la certitude pour Bonaparte d’être en mesure d’accéder de nouveau au trône se confirme, motivée par l’accueil que lui réservent les villes qu’il traverse et le ralliement de nombreux régiments militaires. Fort de cette dynamique, Napoléon retrouve alors une confiance politique que l’exil sur l’île d’Elbe lui avait confisquée. À l’image des autres grandes mutations de son périple, c’est en particulier durant cette semaine que l’évolution de son envergure politique se fait la plus patente. L’hésitation d’un Homme lancé dans une aventure incertaine retrouve dans sa progression à travers les Alpes une confiance qui lui confère à nouveau une verve impériale. Nonobstant le fait que cette progression suive bien sûr un enchaînement chronologique, il nous faut pour la comprendre au mieux la découper en thèmes et en éléments qui peuvent nous éclaircir sur les caractéristiques de cette mutation.  Un discours qui retrouve progressivement une tonalité impériale Si un concept semble illustrer au mieux cet effort incroyable du « Vol de l’Aigle », c’est bien la légitimité. Comme l’écrit Emmanuel de Waresquiel, « en mars 1815, la question de la légalité passe au second plan – puisqu’elle préexiste au retour de l’île d’Elbe – pour laisser toute sa place à celle de la légitimité »2. Si celle du peuple – comme la deuxième partie de ce mémoire l’a expliqué – semble acquise au cours du périple, Napoléon doit en retour agir comme un personnage légitime et légitimé. Ainsi, ses déclarations retranscrivent progressivement ce retour à la reconnaissance.

1. Thierry Lentz, op. cit., p. 302. 2. Emmanuel de Waresquiel, op. cit., p. 96.

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En quittant Gap le 6 mars, il est épris d’un premier sentiment de représenter à nouveau une population enthousiaste. « Vous avez raison de m’appeler Votre Père », dit-il aux habitants des Hautes-Alpes. La rencontre de Laffrey le lendemain, que nous avons déjà identifiée comme un moment-clé qui assure le commencement du soutien de l’Armée, est un premier test à grandeur nature puisque Napoléon compte sur le bon sens de ses anciennes troupes pour le reconnaître – pas seulement physiquement, mais hiérarchiquement et symboliquement – comme leur Empereur. Si les récits conservent majoritairement de cet évènement une forme de bravoure, la réalité politique est probablement plus proche de l’exercice et de la tentative, car à ce stade rien n’est certain pour celui qui aspire à redevenir Empereur. C’est Grenoble et l’accueil triomphal réservé par les Dauphinois qui insufflent auprès de Bonaparte l’assurance nécessaire pour retrouver son intact lexique impérial. Sa déclaration aux habitants de l’Isère résonne comme le message d’un Père de la Nation à son peuple. En leur adressant « Dauphinois ! Vous avez rempli mon attente ! »1, il ne se présente plus comme un fugitif demandant la modeste aide d’une population, comme il l’avait fait dans les HautesAlpes. À ce moment-là, il avait adressé aux habitants de Gap un message plus empreint d’émotion que de réel esprit de gouvernance : « J’ai été vivement touché de tous les sentimens que vous m’avez montrés ; vos vœux seront exaucés. La cause de la Nation triomphera encore !!! »2. À Grenoble s’exprime un dirigeant qui envers les villes qu’il traverse a des exigences et des attentes, nécessaires à la réussite de son périple. Ce sentiment n’est qu’amplifié par les évènements de Lyon. L’Empereur ne fera que peu de déclarations durant son séjour à Lyon, malgré la dense actualité des journées qu’il traverse. Son discours d’adieu aux Lyonnais s’affiche en parangon de ce que nous cherchons à démontrer : en plus d’exprimer une sérieuse reconnaissance envers la ville de Lyon, Napoléon prend un nouveau rendez-vous avec son peuple en leur adressant : « Dans des momens plus tranquilles, je reviendrai pour m’occuper de vos besoins, et de la prospérité de vos Manufactures et de votre Ville ». Cette pénultième phrase précédant le fameux « Lyonnais je vous aime » est révélatrice de l’attitude de l’Empereur : il se projette dans un futur prospère 1. Napoléon « aux Habitans du Département de l’Isère », 9 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP. 2. Message de Napoléon « aux Habitans des Départemens des Hautes et Basses-Alpes », 6 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1826.

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dans lequel les conflits sont vraisemblablement terminés, laissant à Napoléon le temps de porter une attention particulière à la ville de Lyon. Cette attention est mise en exergue par la volonté de revenir à Lyon pour y améliorer la ville et ses manufactures. Non seulement protecteur, Bonaparte se veut être acteur et dirigeant : ce qui deviendra les Cent-Jours est à l’époque le projet d’une refonte de l’Empire, d’une amélioration de la France. Ainsi, il convient avant tout de comprendre que les discours de Napoléon durant cette semaine, peu nombreux, sont en mesure de traduire une confiance, un sentiment à l’égard d’une situation dans laquelle rien ne lui est acquis. Mais ces discours ne peuvent être les seuls indices d’un tempérament plus complexe. Les actes de Bonaparte sont un enjeu essentiel, aussi bien que les stratégies adoptées pour afficher de nouveau l’autorité que la Restauration lui a arrachée.  Être reçu comme un Empereur et agir de la sorte L’accueil triomphal réservé à Bonaparte s’accompagne de nombreux protocoles qui rapidement rappellent la position d’Empereur qui est celle de Napoléon. Le passage en revue des troupes en est le volet militaire, mais de multiples actions d’une même envergure sont entreprises sur le champ politique. Rencontrer les décideurs locaux – maires, préfets, souspréfets, membres des conseils généraux et municipaux – devient une norme à partir de Grenoble. Et c’est sans naïveté politique que Napoléon réalise ces visites. Le 9 mars, le Maire de Rives Jean Accoyer vient saluer l’Empereur traversant le village, mais celui-ci l’interrompt immédiatement : en effet, le Maire avait adressé en octobre 1814 un long message de remerciement au Comte d’Artois pour avoir « chassé l’usurpateur »1 . Napoléon veut alors retisser à travers le territoire la toile impériale que la Restauration avait démontée. Souvent oubliée, étouffée entre les mastodontes historiques que sont les évènements de Grenoble et de Lyon, la journée passée à Bourgoin à l’Hôtel du Parc révèle de nombreux indices quant à la « réimpérialisation » de Bonaparte. Arrivé tardivement dans la nuit du 9 au 10 mars, Napoléon est attendu par la population de Bourgoin et par les propriétaires de l’Hôtel du Parc, grands admirateurs de l’Empereur 2 . Son accueil est, comme de coutume 1. Gustave Vellein, op. cit., pp. 7 – 8. 2. Ibid, p. 19. Le propriétaire de l’hôtel avait appelé son fils Napoléon.

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durant cette semaine, triomphal et chaleureux. Dès son installation dans l’auberge, des émissaires en provenance de Lyon viennent apporter à Napoléon toutes les informations à propos de l’évolution de la situation dans la Capitale des Gaules. L’Hôtel du Parc se transforme alors en véritable Quartier Général dont le Chef est bien entendu Bonaparte. Le lendemain matin, c’est l’ensemble des personnages officiels des environs qui se présentent à lui, confirmant encore le statut d’Homme d’État qu’il est en train de regagner, à l’exception du Maire de Bourgoin, Pamphile de Rozières, qui avait été décoré de la Légion d’Honneur par le Comte d’Artois lors de son passage à Bourgoin en octobre 1814 1 . Ainsi, le personnel politique tend petit à petit à se recentrer autour des éternels et réels fidèles de Bonaparte tout en essayant de mettre à l’écart d’éventuels opportunistes. L’Hôtel du Parc était quartier général durant la nuit, il est pendant la journée du 10 mars devenu la résidence officielle de l’Empereur, les Tuileries de l’Isère, une Malmaison entre Grenoble et Lyon. Les séjours de Napoléon à Grenoble et Lyon sont ainsi dignes de grandes visites officielles. À Lyon, Napoléon occupe les appartements que le Comte d’Artois venait de fuir et concrétise ainsi dans les symboles le progressif renversement de la Royauté. On joue au Théâtres des Célestins une pièce pour l’Empereur. Cet esprit présent dans les villes est resté dans les mémoires et histoires collectives au même titre que les précédents évènements dans l’Histoire – par exemple les visites de Napoléon à Lyon au début des années 1800. À Grenoble, une plaque2 célèbre l’entrée de Napoléon dans la ville le 7 mars 1815. Il en est de même à Bourgoin qui note le soutien des habitants de la ville : « Arrivé à 3 heures du matin, il quitta Bourgoin à 3 heures de l’après-midi escorté par des Bergusiens jusqu’à la Grive »3. Reconnu comme Empereur, Napoléon est de nouveau souverain et son action va dans ce sens à partir du 7 mars.

1. Gustave Vellein, op. cit., p. 22. 2. Cf. Annexe 3. 3. Roger Martin, Alain Chappet et alii, Répertoire mondial des souvenirs napoléoniens, Paris, SPM, 1993.

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 Des suppositions aux décisions : les projets politiques de l’Empereur Un élément illustre parfaitement le tournant politique dans l’attitude de Bonaparte. Celui-ci est une réelle et intacte utilisation du système politique en lui-même : il s’agit de la publication de décrets à Grenoble le 9 mars puis à Lyon les 12 et 13 mars. Cette quinzaine de décrets est une preuve évidente de l’ambition de Bonaparte et de son assurance quant au succès qu’il rencontrera jusqu’à Paris. Les premiers décrets qu’il prépare à Grenoble et qu’il publie en quittant la ville le 9 mars visent ouvertement à mettre en place les conditions nécessaires à ses futures actions législatives. Ainsi, il se charge tout d’abord de destituer les principaux représentants de la Monarchie dans les départements qu’il a traversés. Ce mouvement est essentiel car jusque-là, seul le soutien de la population constituait une base légitime pour affirmer que le département était « acquis ». Napoléon cherche à transformer cette légitimité, si chère à Emmanuel de Waresquiel et si vitale dans ce périple, en légalité. Le Préfet du département des Hautes-Alpes est ainsi destitué et celui de l’Isère, Joseph Fourier, suspendu de ses fonctions1. En parallèle de cette décomposition du pouvoir Bourbon dans les départements alpins du Sud-Est, Bonaparte prévoit aussi le retour affirmé de l’Empire. Le même jour, il décrète la restauration de la cocarde aux trois couleurs et annonce que « [l]e Pavillon tricolore sera arboré à la Maison Commune des villes et sur les clochers des campagnes »2. Et l’Empereur d’ajouter dans un décret supplémentaire que seul l’Empire sera légitime et légal dans ces départements : La Justice sera rendue en notre nom dans les départements de l’Isère, des Hautes et Basses-Alpes, du Mont-Blanc et de la Drôme, à dater du 13 mars. Tous les actes de notaires et autres judiciaires, de quelque nature qu’ils soient, seront en notre nom, à dater de la même époque. 3

Enfin, Napoléon réorganise au moyen de deux décrets la Garde nationale dans ces départements et confirme tous les fonctionnaires militaires et employés de la 7ème division militaire. Il est ainsi question à Grenoble de forger une base institutionnelle à l’Empire retrouvé. Il n’est pas question de « grandes décisions » mais celles-ci sont tactiques et 1. Décrets impériaux de Grenoble, 9 mars 1815, Arch. dép. Isère, cote 52 M 6. 2. Ce décret est présent dans les fonds d’archives en deux versions, l’une signée à Grenoble le 9 mars et l’autre à Lyon le 13. Il semblerait qu’elle trouve sa résonnance dans le Rhône mais il est judicieux de montrer que cette décision est déjà mûrement réfléchie dans la capitale dauphinoise. 3. Décrets impériaux de Grenoble, 9 mars 1815, Arch. dép. Isère, cote 52 M 6.

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nécessaires pour créer une véritable consistance dans la foulée de l’accueil triomphal réservé à l’Empereur. Les décrets de Lyon sont d’une toute autre envergure. Thierry Lentz met en avant le tournant opéré dans la Capitale des Gaules et qui met un terme définitif à « l’aventure » des Alpes : Pendant les trois jours qu’il passa à Lyon, Napoléon se sentit à nouveau empereur. Il avait certes déjà pris nombre de décisions à Grenoble, mais elles concernaient les départements qu’il avait traversés depuis son débarquement : organisation des gardes nationales, nominations, confirmations ou révocations de fonctionnaires, mesures fiscales et judiciaires. À présent, la partie purement « aventureuse » de son équipée tirait à sa fin. 1

Les neuf décrets publiés à Lyon ont pour projet de défaire complètement toute autorité instituée depuis le retour des Bourbons en 1814. L’un d’eux est très général et peut être présenté comme une nouvelle déclaration du 4 août. Son article premier stipule que « [l]a Noblesse est abolie, et les Lois de l’Assemblée constituante seront mises en vigueur » avant d’ajouter dans l’article suivant : « Les titres féodaux sont supprimés, les Lois de nos Assemblées nationales seront mises en vigueur ». Sophie et Anthelme Troussier commentent cette nécessaire réaffirmation de l’abolition des privilèges : « il aura fallu l’invasion de la France, les Prussiens à Paris, Fontainebleau, l’exil, le retour de l’île d’Elbe pour restaurer et consacrer les droits reconnus par la Révolution à l’Homme et au Citoyen ! » 2 . En effet, Napoléon désire annoncer son retour comme une seconde révolution, puisque l’on avait laissé le frère de Louis XVI restaurer l’Ancien Régime. À ce titre, le pillage des biens de la Cour est de nouveau décrété le même jour : « Le séquestre sera apposé sur tous les biens qui forment les apanages des Princes de la maison des Bourbons, et sur ceux qu’ils possèdent, à quelque titre que ce soit ». Les autres décrets sont de véritables mesures d’épuration des corps administratifs et militaires : les nominations et décisions prises sous la Première Restauration sont ainsi annulées. L’exemple de la Garde impériale peut être repris : « Aucun corps étrangers ne sera admis à la garde du Souverain. La Garde impériale est rétablie dans ses fonctions. Elle ne pourra être recrutée que parmi les hommes qui ont douze ans de service dans nos armées ».

1. Thierry Lentz, op. cit., p. 302. 2. Sophie et Anthelme Troussier, op. cit., p. 110.

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Les émigrés sont la première cible de Napoléon : dans un autre décret de Lyon, les Généraux et Officiers de terre et de mer immigrés sont destitués sur-le-champ. Les nominations de la Légion d’Honneur, distinction fondée par Bonaparte en personne en 1802, opérées sous le règne de Louis XVIII sont elles aussi annulées. Au-delà d’une épuration simple des rangs administratifs et militaires, Napoléon souhaite fortement consolider l’Empire fragile qui est à sa disposition : il cherche ainsi à combattre l’arbitraire et les mutineries encore fortement actives dans des régions comme la Provence. Enfin, au-delà des décisions visant à mettre un terme à la Monarchie Bourbon, un dernier décret consacre le besoin de renouer avec des institutions fortes, à l’image de l’œuvre de Bonaparte durant ses années de règne en tant que consul puis Empereur. Après avoir dissout la Chambre des Pairs et la Chambre des Communes, il convoque pour le mois de mai 1815 une « Assemblée extraordinaire du Champ de Mai » dont le but sera de « prendre les mesures convenables pour corriger et modifier nos Constitutions, selon l’intérêt et la volonté de la Nation, en même temps pour assister au couronnement de l’Impératrice notre très-chère et bien aimée Épouse, et à celui de notre cher et bien aimé Fils ». Ce décret est le point d’orgue de la frénésie qui constitue l’attitude impériale retrouvée de Bonaparte durant la semaine du 7 au 13 mars. Confiant dans son voyage car Grenoble et Lyon lui ont accordé leur concours, Bonaparte redevenu Napoléon peut projeter dans l’avenir sa vision de l’Empire qu’il désire refonder. Ceci étant, ces décrets sont juridiquement caducs car les Bourbons sont encore au pouvoir à Paris et ne reconnaissent évidemment aucun des textes proclamés par Bonaparte. En même temps que la publication des décrets de Grenoble et de Lyon, des ordonnances royales continuent d’être promulguées à Paris. Celles-ci se chargent de gérer les affaires courantes – par exemple « l’organisation de la louveterie » décidée le 20 août 1814 et appliquée le 16 mars 18151 – et seule une parmi elles nommant un nouveau préfet en Isère – en remplacement de Joseph Fourier qui, comme nous l’avons vu, a rejoint le camp de son ancien Empereur – semble contrer ce qui se trame dans le Sud-Est. Des ordonnances royales sont publiées jusqu’au 16 mars 1815.

1. Actes royaux et décrets impériaux, Arch. Nat., cote F 1a 643.

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En résumé, Napoléon a réussi à regagner en une semaine la posture politique que la Restauration avait réduite aux limites de l’île d’Elbe. Cela s’est réalisé à travers plusieurs étapes et préparations, et il faut encore attendre l’arrivée à Paris pour officialiser les réformes qu’il compte entreprendre pour pouvoir faire revivre son Empire.

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Chapitre 6

Arriver à Grenoble vagabond, repartir de Lyon Empereur : atouts et faiblesses de Napoléon au 13 mars 1815 « Mon bon frère, il est inutile de m’envoyer encore des soldats. J’en ai assez. » Napoléon à Louis XVIII1

L’unique but de ce mémoire a été de mettre en lumière le rôle primordial d’une seule semaine au sein d’une épopée bien plus longue. Depuis son arrivée en Isère sept jours auparavant, Bonaparte a réussi à convaincre populations et régiments que son retour était légitime, avant de le rendre légal par les décrets qu’il publie. Il a fait face à un pouvoir impuissant, constamment en repli et qui tente de conserver les soutiens qu’il continue d’avoir dans d’autres régions de France. En exerçant de nouveau une autorité affirmée, en publiant de nouveaux décrets à Grenoble et Lyon alors qu’il n’est toujours pas assuré d’arriver à Paris, Bonaparte veut déjà redevenir Napoléon et semble réussir dans cette entreprise. En quittant Lyon le 13 mars, il a moult raisons de se sentir confiant mais de nombreuses problématiques susceptibles de ralentir sa progression ne sont encore pas encore résolues.  Une situation favorable à l’Empereur Comme nous l’avons déjà expliqué, Napoléon a acquis en sept jours de nombreux atouts indispensables pour parvenir à Paris. Ces atouts sont bien entendu techniques, logistiques et stratégiques : comme cité précédemment, la maigre garnison de l’île d’Elbe a été rejointe par de nombreux régiments, de Laffrey à Lyon en passant par Grenoble. Le réseau politique et administratif nécessaire au retour à l’équilibre et à l’ordre public se constitue lui aussi via le changement de préfets. Le soutien du peuple, lui, connait un mouvement inédit. Jusqu’à présent, le drapeau tricolore remplaçait celui de la Monarchie là où Bonaparte était de passage. À Lyon, les nouvelles du triomphe de Napoléon – et la certitude petit à petit 1. Ce message de Bonaparte à Louis XVIII est repris par Dominique de Villepin (op. cit.) qui indique que l’on le retrouve sur un placard manuscrit affiché dans la capitale.

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retrouvée que celui-ci sera en mesure de gagner la capitale – sont diffusées bien plus rapidement vers de nouvelles provinces qui avant-même l’arrivée de l’Empereur se mettent déjà à chasser la Monarchie restaurée. Ainsi le département de Saône-et-Loire, prochaine étape du périple de la procession impériale, est déjà prêt à accueillir son souverain retrouvé. Les villes de Tournus et Mâcon arborent depuis le 12 mars la cocarde tricolore1. Le Préfet du département publie un message à ses administrés en leur annonçant le retour de l’Aigle et l’acclamation qui doit être la leur : La gloire nationale, un moment éclipsée, va briller d'un éclat nouveau. Devant le Héros qui la fit respecter, la France reprend l'attitude qui lui convient : l'esprit public renait à l'apparition du Génie qui nous donna des institutions viriles. La rapidité d'un mouvement généreux, l'accord unanime de toutes les actions (...) décèlent l'irrésistible nécessité qui conduit ces grands événemens. 2

L’on remarque une tonalité différente dans cette déclaration, qui ne souligne pas seulement le patriotisme et l’amour de la France, mais qui met aussi en lumière la notion d’esprit public à travers les institutions fondées par Napoléon durant son règne : le message du préfet fait appel à un esprit de citoyen. L’Empereur n’est pas seulement présenté comme le sauveur de la France, mais comme celui qui sera capable d’apporter de nouveau un esprit civique à la société française, quelqu’un qui pourra mener la Nation vers de meilleurs horizons politiques. Tel est le soutien qui attend Bonaparte en quittant Lyon. L’entreprise folle menée par ceux que la Monarchie appelait encore avant le 7 mars les « rebelles de Provence »3 ne semble à présent plus être un projet saugrenu.  Des défis à surmonter avant d’arriver à Paris Si nous avons montré avec exactitude que les évolutions nécessaires au retour de Napoléon prennent place entre Grenoble et Lyon, il est évident que le 13 mars ne peut être considéré comme le début du nouveau règne de l’Empereur. De multiples résistances se montent contre Napoléon émergent à ce moment du périple où sa victoire est de plus en plus possible.

1. Sophie et Anthelme Troussier, op. cit., p. 115. 2. Département de Saône-et-Loire, « Le Préfet à ses administrés », publié le 14 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1860. 3. Correspondance entre le Préfet de l’Isère et la Secrétairerie royale, mars 1815, Arch. dép. Isère, cote 52 M 7.

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À une échelle internationale, la déclaration du Congrès de Vienne que nous avons déjà évoquée est rendue publique le 13 mars. On peut l’interpréter de deux manières différentes : la première signification est tout simplement la condamnation du débarquement de Napoléon, comme la Monarchie Bourbon l’a fait à partir du 7 mars. De cette manière, les puissances d’Europe expriment leur souhait de voir la progression de Buonaparte ralentie et celui-ci mis hors d’état de nuire. Mais un paragraphe de cette déclaration doit être regardé attentivement afin de comprendre le texte de manière plus profonde : [Les puissances] déclarent en même temps que, fermement résolues de maintenir intact le traité de Paris, du 30 mai 1814, et les dispositions sanctionnées par le traité et toutes celles qu’elles ont arrêtées ou qu’elles arrêteront encore pour le compléter et le consolider, elles employeront tous leurs moyens et réuniront tous leurs efforts pour que la paix générale, objet de tous les vœux de l’Europe, et le but constant de leurs travaux, ne soit pas troublée de nouveau, et pour la garantir de tout attentat qui menaceroit de replonger les peuples dans les désordres et les malheurs des révolutions.1

En publiant cette déclaration avec un retard certain, alors que le Congrès a été averti en même temps que les Tuileries, on peut supposer que les souverains d’Europe prennent en compte l’éventualité du retour de Bonaparte. Le problème n’est pas de l’empêcher de revenir à Paris mais de l’empêcher de mener à bien les conquêtes qu’il recommencerait une fois au pouvoir. Et dans ce cas-ci, ils emploieraient « tous leurs moyens et réuniront tous leurs efforts » pour combattre l’Empereur. Cette déclaration ne doit donc pas être méprisée par le caractère très tardif de l’annonce mais doit pouvoir rendre compte d’intentions futures qui sont celles des Monarchies européennes vis-à-vis de l’Empire français. En France, l’opposition a pris une tournure toute particulière. Le Maréchal Ney, ancien fidèle lieutenant de Bonaparte qui a joué un rôle décisif de la bataille de la Moskova, s’est montré férocement décidé à ramener son ancien Empereur à Paris dans une cage de fer : « Je fais mon affaire de Bonaparte. (…) Nous allons attaquer la bête fauve »2. Il réunit plusieurs régiments en Franche-Comté et prévoit d’intercepter Napoléon après Lyon. Malgré cette détermination, le pouvoir de Paris est déjà effrité. Le Comte d’Artois, censé être l’homme-clé dans la capture de Buonaparte à Lyon, est rentré à Paris le 12 mars et fuit déjà vers l’Angleterre 3 . Ce pouvoir incertain mais toutefois encore présent ne laisse pas une carte 1. Déclaration du Congrès de Vienne (copie conforme remise aux Préfets du Bas-Rhin et du Doubs), 13 mars 1815, Arch. dép. Isère, cote 52 M 6. 2. Cité dans Dominique de Villepin, op. cit., p. 161. 3. Gustave Vellein, op. cit., p. 31.

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blanche à Napoléon qui doit redoubler de précaution au fur et à mesure de son approche de la capitale. Enfin, malgré l’évolution très marquée du personnage politique qu’est Bonaparte, comme le précédent chapitre a tendu à le démontrer, certains aspects de son action ne sont pas encore développés quand il quitte Lyon. Son projet pour la France n’est pas clair : la refonte de l’Empire est affirmée, mais son tempérament est incertain : l’homme ambitieux qui a dû s’incliner à Fontainebleau désire-t-il reconquérir l’Europe ? Veut-il simplement organiser en France un régime impérial pacifique et équilibré ? Sa « politique », à l’échelle des grands projets et des visions globales, n’est pas encore claire. Sa vision libérale, censée fédérer les bourgeoisies urbaines et moderniser la doctrine impériale napoléonienne, n’est toujours pas retranscrite dans de réels actes : l’ « Empire libéral » comme l’écrit Jean Tulard se fait attendre1. Ainsi, une nouvelle page blanche s’offre à Napoléon en quittant Lyon. Ce que ce chapitre a voulu brièvement mettre en lumière consiste à expliquer que rien n’est évidemment acquis le 13 mars, malgré les nombreuses progressions acquises depuis sept jours. Il n’est pas question de réécrire l’Histoire, mais les indices apportés dans cette réflexion mettent en évidence le fait que le clivage est encore fortement marqué à ce moment du « Vol de l’Aigle », et que la Monarchie Bourbon, en organisant une meilleure riposte, aurait pu être en mesure de contenir la progression qu’elle avait jusqu’alors échoué à ralentir.

1. Jean Tulard, op. cit., p. 431.

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Conclusion « Depuis Grenoble, le Prince a chassé l’Aventurier et l’Empereur retrouvé ses prérogatives » Dominique de Villepin1

À la fin de son ouvrage dont les limites spatio-temporelles sont celles de ce mémoire, Gustave Vellein propose une conclusion concise et qui résume ce qui constitue la « suite de l’histoire » dans l’Histoire de l’Empire et de Napoléon : Nous ne suivrons pas l’Empereur sur la route de Paris, les évènements de Grenoble et de Lyon l’ont rétabli sur le trône que Louis XVIII se dispose à lui abandonner, il n’a plus qu’à se présenter. Dans le trajet qui lui reste à parcourir nous n’aurions qu’à signaler de nouvelles ovations dans toutes les villes traversées, et à noter les régiments qui abandonnent successivement la cause royale pour venir se ranger sous les plis du drapeau tricolore. Aucun obstacle ne ralentira ses pas, les Bourbons ne tentent plus de s’opposer à son avance, et lorsqu’il rentrera aux Tuileries, le 20 mars, porté par une foule en délire, l’armée aura reconnu le vainqueur d’Austerlitz et d’Iéna pour son chef, et la France l’aura de nouveau pour souverain durant les Cent jours. Période néfaste qui aboutit au désastre de Waterloo, déchaîna la seconde invasion, conduisit Napoléon en exil, et ceignit son front de l’auréole du martyre, sur le rocher de Sainte-Hélène.2

Comme nous le savons, nonobstant les défis encore présents le 13 mars, que nous avons énoncés précédemment, la suite du « Vol de l’Aigle » est une succession de bonnes nouvelles et d’heureux évènements pour l’Empire qui mènent au retour au pouvoir de Napoléon le 21 mars, acclamé aux Tuileries. Le 18 mars, malgré la ferme intention du Maréchal Ney d’en finir avec la « napoléonade », celui-ci reconnait son Empereur à Auxerre et redevient le « Brave des Braves ». Cela n’a plus aucune importance pour le pouvoir Bourbon qui a cessé de prendre des décisions le 16 mars et qui a pris la fuite. Ce scénario de fin imminente n’avait pas été aussi fort durant la semaine que nous avons analysée dans ce mémoire. Mais il est certain que, comme ce travail avait l’intention de le démontrer, elle a été absolument décisive à travers les axes que nous avons analysés.

1. Dominique de Villepin, op. cit., p. 199. 2. Gustave Vellein, op. cit., p. 46.

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Jamais la Monarchie restaurée n’aurait pu espérer conserver le pouvoir aux Tuileries en agissant de la sorte. En effet, aveugle à Paris et cachant la vérité à travers la Presse, il aurait été nécessaire pour les Bourbons de répondre fermement et de lancer une réelle offensive, pas seulement une succession de déclarations. L’Europe des Monarchies, arrivée trop tard pendant le « Vol de l’Aigle » prend toutefois rendez-vous avec Napoléon : la Septième Coalition se forme à ce moment-là et se confrontera à l’Empire de Bonaparte en France et en Belgique durant les terribles campagnes que nous connaissons. Le peuple a joué son rôle attendu dans sa dimension massive et populaire : si elle ne fut pas unie à travers tous les territoires, Bonaparte a traversé les provinces nécessaires pour recueillir les acclamations forgeant sa nouvelle légitimité, bien plus importante dans un tel périple que la simple idée de légalité. On parle encore après le 13 mars des évènements de Grenoble et Lyon. Par exemple, l’accueil positif que les habitants de l’Yonne réservent à Napoléon sont rapportés de la manière suivante : « les dispositions des Habitans et de tous les corps militaires sont par-tout les mêmes que celles qui ont éclaté à Grenoble, à Lyon, à Châlons, et dans toutes les autres Villes et Communes que SA MAJESTE a traversées »1. Les habitants eux-mêmes sont conscients de leur rôle dans la victoire de l’Empereur. Stendhal écrit dans Mémoires d’un touriste : « Quinze jours après le séjour de l'Empereur à Grenoble, cent Grenoblois au moins étaient à Paris, sollicitant et répétant partout que c'étaient eux qui avaient mis l'Empereur sur le trône ». Cet appui sera rappelé dans les mois suivants quand il faudra mobiliser davantage de troupes : l’Empire s’adresse à la population lyonnaise comme celle des évènements du 10 mars sur qui Napoléon peut une nouvelle fois compter. L’Armée elle aussi a été décisive : elle a montré de Laffrey à Lyon puis une nouvelle fois à Auxerre autour du Maréchal Ney à quel point son appui était indispensable et constituait une grande victoire et l’assurance d’une progression plus rapide. Les correspondances entre régiments et entre soldats s’accélèrent après cette semaine, chacun tentant d’argumenter les raisons de son soutien. Comme nous le savons, cette accélération est nécessaire car l’Armée sera rapidement mobilisée physiquement. Mais certains régiments, notamment au Sud, sont encore hostiles à Bonaparte, même après le 21 mars. Il sera intéressant à l’avenir de traiter de l’impact de ces oppositions et de la non-homogénéité du soutien militaire dans la défaite de juin 1815. Notre analyse relative à l’Armée a en tout cas 1. Bulletin officiel, 19 mars 1815, Arch. mun. Lyon, cote 936 WP 1863.

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ouvert une nouvelle envergure à l’Histoire militaire : celle qui ne comprend aucune violence mais dont les conséquences sont tout aussi décisives. Nos deux premières parties ont ainsi expliqué notre troisième : Napoléon a pu dans cette situation jouir d’une nouvelle légitimité et a pu recommencer à agir en Prince. Ses déclarations, les Décrets qu’il publie de nouveau sont autant d’attitudes et d’actes qu’il n’aurait pu avoir à Golfe-Juan, et que les circonstances dans lesquelles il a progressé du 7 au 13 mars ont rendu possibles. Il voit ainsi un avenir clair pour l’Empire qu’il désire refonder, réorienter afin d’éviter un deuxième désastre. Malheureusement, il n’a pu annoncer avec clarté, durant la semaine que nous avons étudiée, de quoi serait composé ce nouvel Empire. Il faudra attendre qu’il soit aux Tuileries pour comprendre l’étendue de ses réformes, notamment avec les Actes additionnels fin mars. On peut remarquer que certains acteurs ont avec surprise été absents de ce périple. L’Église n’a joué aucun rôle dans cette progression, ni néfaste, ni positif : quelques « À bas les prêtres » sont scandés quand le Comte d’Artois fuit Lyon, mais aucun caractère religieux n’accompagne le « Vol de l’Aigle », même si Napoléon devait à l’origine « voler de clochers en clochers » jusqu’à Notre-Dame. Il semblerait que les Mairies et Places publiques eurent bien plus d’importance et de pouvoir symbolique. La bourgeoisie, que l’on croyait chère et attachée à Napoléon, n’est pas encore fédérée et plusieurs groupes ne manifestent aucun soutien particulier à Bonaparte lors de ses passages à Grenoble et Lyon. Ainsi le caractère non holiste de la victoire se rend visible, et déjà la légende de la victoire totale est estompée. Les Cent-Jours, c’est-à-dire la suite de cette aventure unique de l’Histoire de France et d’Europe, ne peuvent être abordés dans ce travail car ils représentent de nombreuses caractéristiques que la semaine en Isère et dans le Rhône ignore. Passionnants, singuliers, ils sauront à l’approche de leur bicentenaire susciter de nombreuses nouvelles analyses de la part des historiens de Bonaparte. Le mémoire qui s’achève à l’instant a eu pour seule priorité de rappeler la multiplicité des circonstances qui composent ces évènements jugés « mémorables ». Ils mettent en lumière la singularité inattendue de certaines périodes et rappellent aux artisans de l’Histoire que le Temps n’est rien s’il n’est pas accompagné d’autres explications, structurelles et conjoncturelles, locales et globales, politiques et sociétales ; que les légendes, passionnantes d’un point de vue personnel, cachent souvent des réalités bien plus complexes, des origines apparemment anodines mais terriblement profondes.

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Et il appartient à ces Grands Hommes, comme ce mémoire l’a montré et appelle à continuer à le démontrer, d’en mesurer le poids et d’en prédire les conséquences. Chaque personne qui lira ces dernières lignes aura sa vision de la « fin » de Bonaparte. Certains choisiront Waterloo comme défaite dramatique et comme dernier évènement non seulement des Cent-Jours mais de toute la première ère Bonaparte ; d’autres jugeront que Sainte-Hélène apporta une fin paisible et romantique à l’ancien Empereur. Certains oseront encore penser que c’est au milieu de l’Océan Atlantique que la victoire se forgea, à travers les Mémoires d’un Homme qui perdure et la création d’une légende qui continue, malgré les moult polémiques qui l’entourent, à provoquer auprès de multiples générations l’attachement politique et l’intérêt historique.

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Annexes Table des Annexes

Annexe 1 : Chronologie des Évènements

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Annexe 2 : Carte du « Vol de l’Aigle »

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Annexe 3 : Plaque à Grenoble indiquant l’entrée de Napoléon dans la ville

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Annexe 4 : Extraits de paroles de chansons célébrant le retour de Napoléon

73

Annexe 5 : Décrets publiés à Lyon le 13 mars 1815

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Annexe 6 : Programme du Cent-cinquantième anniversaire du Retour de l’île d’Elbe par la Faculté des Lettres de Grenoble

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Annexe 1 : Chronologie des Évènements

26 février 1815 Napoléon et son millier de soldats quittent l’île d’Elbe. 1er mars 1815 À 5 heures du matin, ils débarquent à Golfe-Juan (actuelle Côte d’Azur). 5 mars 1815 Le pouvoir Bourbon reçoit à Paris la nouvelle du débarquement de Bonaparte et envoie le Comte d’Artois à Lyon pour arrêter la progression des troupes impériales. À Grenoble, le Préfet de l’Isère Joseph Fourier publie une déclaration condamnant les évènements de GolfeJuan. 6 mars 1815 À Gap, Napoléon salue l’accueil réservé par les habitants des Basses et Hautes-Alpes. Mardi 7 mars Les Lyonnais et Rhodaniens sont avertis de l'arrivée de Napoléon en France. Ils doivent rester fidèles au Roi. En Isère, rencontre de Laffrey puis ralliement de troupes militaires. Arrivée triomphale dans la ville de Grenoble en soirée. Mercredi 8 mars Arrivée de troupes royales à Lyon. Elles y resteront jusqu'à nouvel ordre et logeront chez l'habitant. Le Comte du Roi passe en revue la Garde Nationale place Louis-le-Grand (actuelle Place Bellecour) dans une ambiance peu enthousiaste. Le peuple grenoblois acclame Napoléon. Jeudi 9 mars Déclaration de Charles-Philippe (Comte d’Artois) aux Lyonnais et aux soldats. Mesures strictes prises par le Maire de Lyon, le Comte de Fargues. Napoléon quitte Grenoble après avoir signé de premiers décrets. Traverse Voreppe, Moirans, Rives où il mange le soir. Arrive dans la nuit à Bourgoin et loge à l’Hôtel du Parc. Vendredi 10 mars Arrivée du Général Macdonald. Nouveau passage en revue mais la population attend déjà l’Empereur aux abords du Pont de la Guillotière. Mutinerie progressive de plusieurs régiments. À Bourgoin, Bonaparte rencontre de nombreuses personnalités locales. Quitte Bourgoin à trois heures de l’après-midi. Entre à Lyon triomphalement en début de soirée : les troupes royalistes et leurs dirigeants ont fui la ville.

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Samedi 11 mars Napoléon est acclamé dans les rues de Lyon. Messages étonnamment enthousiastes de la part du Maire le Comte de Fargues. La ville est illuminée. Passages en revue et réorganisation des troupes par l’Empereur. Dimanche 12 mars Préparation de nouveaux décrets. Le Comte d’Artois arrive à Paris et se prépare à fuir pour l’Angleterre. Lundi 13 mars Napoléon publie neuf décrets et quitte Lyon en laissant une déclaration publique dans laquelle il remercie chaleureusement la population de Lyon avant de conclure par : « Lyonnais, je vous aime ». Il arrive à Mâcon en fin de journée : le département de la Saône-et-Loire est déjà majoritairement acquis à la cause de l’Empire. Condamnation ferme du Congrès de Vienne par déclaration officielle. 18 mars 1815 Napoléon et Ney se rencontrent à Auxerre et fraternisent. Les Bourbons sont déjà en fuite. 20/21 mars 1815 Napoléon entre avec triomphe dans Paris et revient officiellement et légalement à la tête de la France en refondant l’Empire.

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Annexe 2 : Carte du « Vol de l’Aigle » Dans André Castelot, Napoléon, p. 723.

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Annexe 3 : Plaque à Grenoble indiquant l’entrée de Napoléon dans la ville

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Annexe 4 : Extraits de paroles de chansons célébrant le retour de Napoléon Arch. mun. Lyon, cote I2 14

Bon ! bon ! bon ! Napoléon Est de retour en France ; Bon ! bon ! bon ! Napoléon Rentre dans sa maison. O ma chère patrie ! Tu revois pour jamais Cette aigle si chérie, L’honneur du nom Français Bon ! bon ! bon ! etc. Tous ses soldats fidèles Le voient de très grand cœur, Ils témoignent leur zèle A ce Grand Empereur, Bon ! bon ! bon ! etc. Héros, dont la présence Nous fut interceptée, Viens rendre à notre France Sa chère liberté. Bon ! bon ! bon ! etc. Voyant ta vieille garde, Jouissons du bonheur De porter la cocarde, Si chère à notre cœur. Bon ! bon ! bon ! etc. Le printemps nous ramène L’abeille avec les fleurs, Le lis flétrit sans peine Devant les trois couleurs, Bon ! bon ! bon ! etc.

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* O ma patrie ! Relève ton front abattu ! Tu ne seras plus asservie, Napoléon nous est rendu, O ma patrie ! Sur sa patrie Tout digne Français gémissait ; L’espérance n’est plus ravie, Le Héros enfin reparaît Dans sa patrie. Pour la patrie Désormais nous serons unis ; Nous reverrons l’aigle chérie Foudroyer tous les ennemis De la patrie.

* Monsieur d’Artois, comme un Lion Vole de Paris à Lyon, Mais l’Aigle troublant ses esprits, Il court de Lyon à Paris. Monsieur d’Artois, dans les dangers, Est un Achille… aux pieds légers. (Dans Dominique de Villepin, Les Cent-Jours ou l’esprit de sacrifice, Paris, Perrin, 2001, p. 157)

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Annexe 5 : « Les Neuf Décrets de Lyon », publiés à Lyon le 13 mars 1815

DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER Le séquestre sera apposé sur tous les biens qui forment les apanages des Princes de la maison des Bourbons, et sur ceux qu’ils possèdent, à quelque titre que ce soit. ART. II. Tous les biens des Émigrés qui appartiennent à la Légion d’Honneur, aux Hospices, aux Communes, à la Caisse d’amortissement, ou enfin qui faisaient partie du Domaine, sous quelque dénomination que ce soit, et qui auraient été rendus, depuis le 1er avril 1814, au détriment de l’intérêt national, seront sur le champ mis sous le séquestre. Les Préfets et Officiers de l’Enregistrement tiendront la main à l’exécution du présent Décret, aussitôt qu’ils en auront la connaissance. Faute pour eux de le faire, ils seront responsables des dommages qui pourraient en résulter pour la Nation. ART. III. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé de l’exécution du présent Décret. Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, BERTRAND.

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DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc. Considérant que la Chambre des Pairs est composée en partie de personnes qui ont porté les armes contre la France, et qui ont intérêt au rétablissement des droits féodaux ; à la destruction de l’égalité entre les différentes classes ; à l’annullation des ventes des Domaines nationaux, et enfin, à priver le Peuple des droits qu’il a acquis par vingt-cinq ans de combats contre les ennemis de la gloire nationale. Considérant que les pouvoirs des Députés du Corps législatif étaient expirés, et que dès-lors la Chambre des Communes n’a plus aucun caractère national. Qu’une partie de cette Chambre s’est rendue indigne de la Nation, en adhérant au rétablissement de la noblesse féodale abolie par les Constitutions acceptées par le Peuple ; en faisant payer par la France des dettes contractées à l’étranger pour tramer des coalitions et soudoyer des armées contre le Peuple Français ; en donnant aux Bourbons le titre du Roi légitime, ce qui était déclarer rebelles le Peuple Français et ses Armées ; proclamer seuls bons Français les émigrés qui ont déchiré pendant vingt-cinq ans le sein de la Patrie ; et violer tous les droits du Peuple, en consacrant le principe que la Nation était faite pour le Trône, et non le Trône pour la Nation. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER La Chambre des Pairs est dissoute. ART. II. La Chambre des Communes est dissoute. Il est ordonné à chacun des Membres convoqués et arrivés à Paris depuis le 7 mars dernier, de retourner sans délai dans son domicile. ART. III. Les Collèges électoraux des départemens de l’Empire seront réunis à Paris, dans le courant du mois de Mai prochain en assemblée extraordinaire du Champ de Mai, afin de prendre les mesures convenables pour corriger et modifier nos Constitutions, selon l’intérêt et la volonté de la Nation, et en même temps pour assister au couronnement de l’Impératrice notre trèschère et bien aimée Épouse, et à celui de notre cher et bien aimé Fils. ART. IV. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé de prendre les mesures nécessaires pour la publication du présent Décret.

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Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, Comte BERTRAND.

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DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER Tous les Émigrés qui n’ont point été rayés, amnistiés, ou éliminés par Nous, ou par les Gouverneurs qui nous ont précédé, et qui sont rentrés en France depuis le 1er janvier 1814, sortiront sur-le-champ du territoire de l’Empire. ART. II. Les Émigrés, qui après la publication du présent Décret, se trouveraient sur le territoire de l’Empire, seront arrêtés et jugés conformément aux Lois décrétées par nos Assemblées nationales, à moins toutefois qu’il ne soit constaté qu’ils n’ont pas eu connaissance du présent Décret, auquel cas ils seront simplement arrêtés et conduits par la Gendarmerie hors du territoire. ART. III. Le séquestre sera mis sur tous leurs biens, meubles et immeubles. Les Préfets et Officiers de l’Enregistrement feront exécuter le présent Décret aussitôt qu’ils en auront connaissance, et faute par eux de le faire, ils seront responsables des dommages qui pourraient en résulter pour notre Trésor national. ART. IV. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé de prendre les mesures nécessaires pour la publication du présent Décret.

Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, Comte BERTRAND.

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DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc.

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER Toutes les promotions faites dans la Légion d’Honneur par tout autre Grand-Maître que Nous, et tous Brevets signés par d’autres personnes que le Comte LACEPEDE, grand Chancelier inamovible de la Légion, sont nuls et non avenus. ART. II. Les changements faits dans la décoration de la Légion d’honneur, non conformes aux statuts de l’Ordre, sont nuls et non avenus. Chacun des Membres de la Légion reprendra la décoration telle qu’elle était au Ier avril 1814. ART. III. Néanmoins, comme un grand nombre de promotions, quoique faites illégalement, l’ont été en faveur de personnes qui ont rendu des services réels à la Patrie, leurs titres seront envoyés à la grande Chancellerie, afin que le rapport nous en soit fait dans le courant d’Avril, et qu’il soit statué à cet égard avant le 15 mai. ART. IV. Les droits politiques dont jouissent les Membres de la Légion d’honneur en vertu des statuts de création, sont rétablis. En conséquence, tous les Membres de la Légion qui faisaient partie au Ier avril 1814, des Collèges électoraux de Département et d’Arrondissement, et qui ont été injustement privés de ce droit, sont rétablis dans leurs fonctions. Tous ceux qui n’étaient point encore Membres d’un Collège électoral, enverront leurs demandes au grand Chancelier de la Légion d’honneur, en faisant connaître le Collège auquel ils désirent être attachés. Le grand Chancelier prendra nos ordres dans le courant d’Avril, et fera expédier les Brevets sans délai, afin que ceux qui les auront obtenus puissent assister aux Assemblées du Champ de Mai. ART. V. Tous les biens qui avaient été affectés à l’ordre de St-Louis, sur la caisse des Invalides, seront réunis au domaine de la Légion d’honneur.

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ART. VI. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé de prendre les mesures nécessaires pour la publication du présent Décret.

Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, Comte BERTRAND.

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DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER Aucun corps étrangers ne sera admis à la garde du Souverain. La Garde impériale est rétablie dans ses fonctions. Elle ne pourra être recrutée que parmi les hommes qui ont douze ans de service de nos Armées. ART. II. Les Cent Suisses, les Gardes de la Porte, les Gardes Suisses, sous quelque dénomination que ce soit, sont supprimés. Ils seront renvoyés, à dater de la publication du présent Décret, à vingt lieues de la Capitale, et à vingt lieues de tous nos Palais Impériaux, jusqu’à ce qu’ils soient légalement licenciés, et que le sort des Soldats soit assuré. ART. III. La Maison Militaire du Roi, telle que les Gardes du corps, les Mousquetaires, les Chevaulégers, etc. est supprimée. Les chevaux, armes, effets d’habillement et d’équipement, seront mis seront mis sous la responsabilité personnelle des chefs de corps. ART. IV. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé de prendre les mesures pour la publication du présent Décret.

Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, Comte BERTRAND.

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DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc. Instruit que des hommes armés, se disant Gardes Nationales de Marseille, animés du même esprit de désordre et de violence qui porta, en 1792, des individus de cette Commune à violer le territoire des Départemens voisins, sont arrivés sur les confins du Dauphiné. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER Il est ordonné à tous les individus armés, se disant Gardes Nationales de Marseille, qui sont entrés dans le Département des Hautes-Alpes, et ont violé les confins du Dauphiné, d’en sortir sur-le-champ, et de rentrer dans le sein de leurs Communes. ART. II. A défaut de se conformer au présent Ordre, il est enjoint aux Commandans des 7e et 8e divisions militaires de les y contraindre par la force, et à nos Procureurs impériaux de poursuivre les Commandans et Officiers desdits attroupemens encore fauteurs de guerre civile. ART. III. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé de prendre les mesures nécessaires pour la publication du présent Décret.

Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, Comte BERTRAND.

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DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER Tous les Généraux et Officiers de terre et de mer, dans quelque grade que ce soit, qui ont été introduits dans nos armées depuis le 1er avril 1814, qui étaient émigrés, ou qui n’ayant pas émigré ont quitté le service au moment de la première coalition, quand la patrie avait le plus grand besoin de leurs services, cesseront sur le champ leurs fonctions, quitteront les marques de leurs grades, et se rendront au lieu de leurs domiciles. ART. II. Défenses sont faites au Ministre de la Guerre, aux Inspecteurs aux revues, aux Officiers de la Trésorerie et autres comptables, de rien payer pour la solde de ces Officiers, sous quelque prétexte que ce soit, à dater de la publication du présent Décret. ART. III. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé de prendre les mesures nécessaires pour la publication du présent Décret.

Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, BERTRAND.

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DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc. CONSIDERANT que nos Constitutions les Membres de l’Ordre judiciaire sont inamovibles. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER Tous les changemens arbitraires opérés dans nos Cours et Tribunaux inférieurs, sont nuls et non avenus. ART. II. Les Présidens, le Procureur général et les Membres de la Cour de cassation qui ont été injustement, et, par esprit de réaction, renvoyés de ladite Cour, sont rétablis dans leurs fonctions. ART. III. Les individus qui les ont remplacés sont tenus de cesser sur le champ leurs fonctions. ART. IV. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé d’assurer la publication du présent Décret.

Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, Comte BERTRAND.

~ 84 ~

DECRET IMPERIAL A Lyon, le 13 mars 1815 NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les Constitutions de l’Empire, Empereur des Français, etc. etc. etc. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTICLE PREMIER La Noblesse est abolie, et les Lois de l’Assemblée constituante seront mises en vigueur. ART. II. Les titres féodaux sont supprimés, les Lois de nos Assemblées nationales seront mises en vigueur. ART. III. Les individus qui ont obtenu de Nous des titres nationaux, comme récompenses nationales, et dont les Lettres-patentes ont été vérifiées au Conseil du sceau des titres, continueront à les porter. ART. IV. Nous nous réservons de donner des titres aux descendans des hommes qui ont illustré le nom Français dans les différens siècles, soit dans le commandement des Armées de terre et de mer, dans les Conseils du Souverain, dans les Administrations civiles et judiciaires, soit enfin dans les Sciences et Arts et dans le Commerce, conformément à la Loi qui sera promulguée sur cette matière. ART. V. Notre grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée, est chargé de prendre les mesures pour la publication du présent Décret.

Signé, NAPOLEON Par l’Empereur : Le grand Maréchal faisant fonctions de Major général de la grande Armée. Signé, Comte BERTRAND.

~ 85 ~

Annexe 6 : Programme du Cent-cinquantième anniversaire du Retour de l’île d’Elbe Par la Faculté des Lettres de Grenoble 3 – 4 avril 1965 Bibliothèque d’étude et d’information de Grenoble, cote Vh.6149

Samedi 3 avril

Conférences Anthelme TROUSSIER : lettre autographe en date du 8 mars 1815 Robert AVEZOU (directeur des Arch. dép. Isère) : l’esprit public dans le département de l’Isère pendant les Cent-Jours Fernand RUDE : le réveil de l’esprit révolutionnaire en 1815 dans la région grenobloise et lyonnaise Jean TULARD : l’administration de Paris pendant les Cent-Jours PELLEGRINI : le retour de l’île d’Elbe et la littérature italienne BOYER : la reprise des œuvres d’art enlevées à l’étranger GHISALBERTI : le droit public italien pendant la période napoléonienne Jacques GODECHOT : « Napoléon libéral ? »

Dimanche 4 avril

Matin : itinéraire commenté de Napoléon à travers Grenoble Après-midi : visite des environs de Laffrey

~ 86 ~

Bibliographie  Ouvrages généraux d’Histoire européenne, française et/ou napoléonienne Christopher J. BARTLETT, Peace, War and the European Powers, 1814 – 1914, Londres, Macmillan, 1996, 202 pages. David A. BELL, The First Total War: Napoleon’s Europe and the Birth of Warfare As We Know It, Boston, Houghton Mifflin, 2007, 317 pages. André CASTELOT, Napoléon, Paris, Perrin, 1968, 979 pages Arthur CONTE, Soldats de France : Les grandes heures de notre Histoire, Plon, 2001, 490 pages. François FURET, La Révolution française, Paris, Gallimard, 2007, 1054 pages. Edward Vose GULICK, Europe’s Classical Balance of Power, New York, Norton, 1955, 325 pages. Roger MARTIN, Alain CHAPPET, Alain PIGEARD, André ROBE, Répertoire mondial des souvenirs napoléoniens, Paris, SPM, 1993, 862 pages. Norman RICH, Great Power Diplomacy, 1814 – 1914, Boston, McGraw-Hill, 1992, 502 pages. Jean TULARD, Napoléon, ou le Mythe du Sauveur, Fayard, 1977, 457 pages.

 Ouvrages spécialisés sur la période des Cent-Jours, le Rhône et/ou l’Isère

Françoise BAYARD, Histoire de Lyon : Tome 2, du XVIème siècle à nos jours, Roanne, Horvath, 1990. Bruno BENOIT, Patrice BÉGHAIN, Gérard CORNELOUP, Bruno THÉVENON, Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès, 2009. Jacques BERRIAT SAINT-PRIX, Napoléon Ier à Grenoble : Histoire du 7 mars 1815, Grenoble, Maisonville et Fils et Jourdan, 1861. Gilbert BOUCHARD, Histoire de l’Isère en BD, Tome 5 : De la Révolution à nos jours, Grenoble, Glénat, 2004, 48 pages.

~ 87 ~

Louis COMBY, Histoire des Dauphinois : des origines à nos jours, Paris, Nathan, 1978, 176 pages. Paul DREYFUS, Histoire du Dauphiné, Paris, Que Sais-Je ?, Presses Universitaires de France, 1972, 127 pages. Gabriel FAURE, Pèlerinages dauphinois, Grenoble, J. Rey, 1925. Félix FLEURY, L’Enjambée Impériale, Grenoble, 1868. G. LENOTRE, Napoléon : Croquis de l’Épopée, Bernard Grasset, 1932, 254 pages. Thierry LENTZ, Nouvelle Histoire du Premier Empire ; Tome 4, Les Cent-Jours, Paris, Fayard, 2010, 599 pages. Jean PELLETIER, Charles DELFANTE, Atlas historique du Grand Lyon : Formes Urbaines et Paysage au fil du temps, Saint-Étienne, Seyssinet-Pariset, 2004. Sophie et Anthelme TROUSSIER de l’Académie delphinale, Napoléon, la Chevauchée Héroïque du retour de l'île d'Elbe, Grenoble, Allier, 1965. Gustave VELLEIN, Retour de l'île d'Elbe, de Grenoble à Lyon : Séjour de Napoléon Ier à Bourgoin le 10 mars 1815, Bourgoin, Paillet, 1925, 45 pages. Dominique de VILLEPIN, Les Cent-Jours ou l’esprit de sacrifice, Paris, Perrin, 2001, 604 pages. Emmanuel de WARESQUIEL, Cent Jours : la tentation de l'impossible, mars-juillet 1815, Paris, Fayard, 2008, 687 pages.

~ 88 ~

Sources  Fonds d’Archives

Archives Nationales AFV 4-5

Secrétairerie d’État, Secrétairerie des Conseils (Première Restauration)

AFV 6-7

Adhésions au Gouvernement (1814)

F 1a 952

Ordonnances et décrets, Ministère de l'Intérieur (février – 23 mars 1815)

F 1a 953

Ordonnances et décrets, Ministère de l'Intérieur (21 mars – 7 juillet 1815)

F 1a 415

Documents concernant l’administration départementale et communale (Indre-et-Loire, Isère, 1789 – 1827)

F 1a * 643

Enregistrement des Actes Royaux et Impériaux (1815)

Archives Départementales de l’Isère 51 M 21

Évènements notables : Les Cent-Jours

52 M 6-7-8

Correspondances du préfet (1815)

3 Z 2-5-15

Sous-Préfecture de La-Tour-du-Pin

4 Z 3-11

Sous-Préfecture de Vienne

2R

Garde Nationale et autres corps spéciaux

Archives Départementales du Rhône 1 M 111-112-120

Administration générale du département : Évènements politiques (an IX – 1850)

4 M 149

Police, affaires générales, arrêtés de maires du département

4 M 155-156

Police, affaires générales.

4 M 173

Police judiciaire

4 M 237

Police politique

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Archives municipales de Grenoble 1D3

Délibérations du Conseil Municipal

2D1

Arrêtés du maire de Grenoble

Archives municipales de Lyon I2 015

Police politique (1815)

3 WP 125

Archives de la Croix-Rousse (1814 – 1815)

4 WP 057

Archives de la Guillotière (1814 – 1815)

936 WP

Affiches

1225 WP

Faits de guerre : invasion de 1814-1815, proclamation de l'état de siège, rapports sur les événements politiques et militaires, travaux défensifs, organisation des troupes, hébergement et approvisionnement en vivres et équipement, dépenses de guerre, levée de contributions extraordinaires (18141815).

 Presse Le Journal des Débats, 6 – 14 mars 1815 Le Moniteur Universel, 5 – 22 mars 1815 La Quotidienne* Le Journal Général* Le Journal de Paris* *cités dans Jacques Berriat Saint-Prix, Napoléon Ier à Grenoble : Histoire du 7 mars 1815, Grenoble, Maisonville et Fils et Jourdan, 1861.

 Ouvrages ayant servi de sources Jacques-Joseph CHAMPOLLION-FIGEAC, Fourier et Napoléon : l’Égypte et les Cent-Jours, Paris, Firmin-Didot Frères, 1844, 364 pages. Pierre Alexandre Édouard FLEURY DE CHABOULON, Les Cent-Jours : Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815, Londres, Roworth, 1820.

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